WORLD WRESTLING FEDERATION – MSG #01

WORLD WRESTLING FEDERATION

MADISON SQUARE GARDEN #01

30/06/1973

Madison Square Garden

Madison Square Garden

La plus grande scène du monde. Voici le Madison Square Garden de New York City ! Ce programme de catch nord-américain enregistré le 30 juin 1973 est une production de la World Wide Wrestling Federation, dirigée à cette période par Vincent J. McMahon, légendaire promoteur de la côte Est et fondateur de la compagnie en 1963. 

L’annonceur du ring présente les juges Nat Cooper, Dick Woering et Joe Ryder. Les matches proposés ce soir sont placés sous la juridiction de la Commission Athlétique de l’État de New York, présidée par Edwin Dooley, ainsi que par le médecin et physicien Edwin Campbell. Vincent Abbatiello s’occupera de faire sonner la cloche alors que l’arbitre de notre premier combat sera Lou Laata. Vincent K. McMahon – âgé de 28 ans – sera notre unique commentateur « play by play » pour cette soirée diffusée sur HBO. 

Cette même année, le groupe de heavy rock Led Zeppelin enregistre trois concerts dans un Madison Square Garden rempli à ras-bord. Une série de concerts qui donneront l’album The Song Remains the Same, l’un des albums Live les plus mémorables de l’histoire du rock. 

Led Zeppelin

Led Zeppelin


MATCH 1 : BLACKJACK LANZA VS LEE WONG (05:05)

VAINQUEUR : BLACKJACK LANZA

PRISE DE FINITION : CLAWHOLD

INDICATEUR : **


Lee Wong, catcheur originaire de Hong-Kong en Chine, attends pieds-nus sur le ring. On sait peu de choses de ce lutteur chinois, si ce n’est qu’il rejoint la WWWF en 1970 pour endosser un rôle de jobber. Chapeau noir et gilet à franges en cuir, Blackjack Lanza est annoncé en provenance d’Albuquerque au Nouveau-Mexique. Sa main gantée n’inspire pas franchement confiance. Lanza était l’un des poulains de Bobby Heenan du côté de l’AWA avant de s’allier avec Blackjack Mulligan pour former le redoutable tandem des Blackjacks.

Bobby Heenan & Blackjack Lanza

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved

Malgré les méticuleuses précautions de l’arbitre – car Lanza cachait souvent des objets illicites dans son gant – celui-ci met un point d’honneur à respecter les règles. Mais subitement, Lanza se lâche et se transforme en une bête sauvage. Enfonçant ses doigts dans les yeux de Wong, Blackjack montre son vrai visage, celui d’une brute imprévisible. Il l’étrangle avec le lacet de l’une des ses chaussures et utilisera même le câble du micro de McMahon. Il le balance ensuite en dehors du ring, directement sur le sol du Garden. Sur le ring, Wong subit l’effroyable Clawhold, maintenue par Lanza dont le regard est fou. Inerte, Wong ne s’en relève pas et permet à Blackjack Lanza de l’emporter au terme d’un squash intéressant.


MATCH 2 : PROF. TORU TANAKA W/THE GRAND WIZARD OF WRESTLING VS EL OLYMPICO (09:34)

VAINQUEUR : PROF. TORU TANAKA

PRISE DE FINITION : JUDO CHOP

INDICATEUR : * ½


Ancien sergent de l’armée américaine d’origine hawaïenne, le « Professeur » Toru Tanaka se tient également pieds-nus sur le tapis. Le Unholy Trio ne serait sans lui qu’un duo. Ernie Roth, plus connu sous le sobriquet du Grand Wizard of Wrestling, l’accompagne et arborant une tenue affriolante qui lui attire les sifflets de la foule. Contre lui ce soir se dresse un individu du nom d’El Olympico, compétiteur semi-masqué (le port du masque était longtemps interdit au Garden) qui semble plutôt apprécié de la foule de New York City. 

Prof. Toru Tanaka

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated

Mais lorsque Tanaka souhaite réaliser son traditionnel rituel japonais d’avant-match, une petite dame âgée du nom de Mrs. Kreiger – apparemment habituée des gradins du Garden et visiblement remontée – s’efforce de retirer le sel des quatre coins du ring – et singe au passage le soit-disant japonais. À chaque retournement de prise par Olympico, le public y va de son acclamation. Il suffit alors parfois d’un simple Front Facelock pour provoquer une telle réaction. Agrippant les pectoraux d’Olympico, Tanaka se prends.. un doigt dans l’oreille ! Il essuie ensuite une série de saut chassés mais s’en sort malgré tout avec un atémi tranchant porté au niveau de la gorge pour clôturer ce petit combat in-intentionnellement divertissant.


MATCH 3 : « CPT. » LOU ALBANO VS GORILLA MONSOON (02:58)

VAINQUEUR : GORILLA MONSOON

PRISE DE FINITION : COUNT OUT

INDICATEUR : *


Ancien membre des Sicilians et manager de grande renommée, Lou Albano est un symbole de la génération Rock & Wrestling. Officiant habituellement en tant que valet de ring, ce véritable flibustier du catch est ce soir reçu par une pluie de sifflets. Son adversaire est la voix du catch dans les années 1980 et un nom légendaire de l’histoire du catch, en la personne de Gorilla Monsoon, qui le rejoint sous les acclamations de la foule et en impose par un physique gargantuesque. Celui qu’on surnomme affectueusement « Gino » est accueilli par un tonnerre d’applaudissements !

Gorilla Monsoon

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated

Selon les dires de McMahon, Albano aurait accidentellement – ou pas – ouvert le front de Monsoon avec un coup de chaise et celui-ci chercherait à se venger. Furieux, Monsoon ne se contient pas face à un Lou Albano fuyant. Celui-ci triche en enfonçant son pouce dans l’œil de Monsoon. Albano s’ouvre lui-même le front avec un « bladejob » ridicule et permet à Monsoon de revenir et s’en donner à cœur joie. Une grosse claque envoie Albano par dessus les cordes et celui-ci préfère prendre la tangente et regagner les vestiaires. Le public est en délire, l’arbitre lève le bras d’un Monsoon victorieux, au grand bonheur d’une foule toute acquise à sa cause. Certes, le match n’est pas d’une fluidité incroyable mais c’est l’occasion de voir à quel point peut s’impliquer une foule lorsqu’il s’agit d’une confrontation sensée entre un sale type et un héros du peuple. 


MATCH 4 : BLACK GORDMAN VS VICTOR RIVERA (11:34)

VAINQUEUR : VICTOR RIVERA

PRISE DE FINITION : PETIT PAQUET

INDICATEUR : ** ½


Lutteur originaire de Mexico City, Black Gordman est essentiellement connu pour son association avec The Great Goliath dans les années 1970. Il reçoit une réaction hostile de la part du public du Garden. Tout l’inverse de son adversaire, en la personne de Victor Rivera, catcheur d’origine portoricaine qui obtient quant à lui une salve d’applaudissements. 

On apprend de la part de McMahon que ces deux lutteurs ont déjà croisé le fer à de nombreuses reprises sur la côte Ouest du côté du territoire du Los Angeles. Rivera ouvre le bal avec une série de Armdrags. Il se laisse toutefois surprendre par un contre de Gordman qui l’immobilise avec une Surfboard Plancha. Les bras tirés en arrière et Gordman faisant pression dans son dos, Rivera fait preuve de courage et retourne la prise alors que le public exulte ! Presque instantanément repris en Sleeper Hold, Rivera résiste et grâce à l’appui indéfectible de la foule, se relève et assène des sauts chassés et une série de Headcissors. Moins affaibli, Gordman reprend l’avantage en l’emmenant encore une fois au tapis. Rivera s’en sort à la force des tripes et semble déterminé à redorer son image ! Peut-être trop suffisant, Gordman se laisse surprendre par un petit paquet au terme d’une intense séquence d’enfourchements et… victoire ! Tout le Madison Square Garden est debout comme un seul homme pour acclamer un Victor Rivera méritant et victorieux. 


MATCH 5 : 2 OUT OF 3 FALLS MATCH : JOYCE GRABLE & JAN SHERIDAN VS DOTTI DOWNS & PEGGY PATTERSON (20:47)

VAINQUEURS : JOYCE GRABLE & JAN SHERIDAN (2-1)

PRISE DE FINITION : VICTORY ROLL

INDICATEUR : ** ¼


Agréable surprise que de tomber sur un match de catch féminin de cette époque ! Toutefois, les femmes ne jouissaient pas d’une exposition similaire à celle des hommes et étaient souvent réduites au rang d’attraction au même titre que les lilliputiens. Joyce Grable, entraînée par The Fabulous Moolah (comme 80% des femmes de cette période) et sa partenaire Jan Sheridan, toutes deux en grenouillère, se mesuraient à Dotti Downs, en combinaison rose et Peggy Patterson, la plus imposante des quatre. Petite particularité : ce match se déroulera sous les règles du 2 Out of 3 Falls !

Moolah & Grable

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated

Malgré les sifflets lourdingues d’un public essentiellement masculin, les quatre femmes ont l’air attentives aux recommandations de l’arbitre. À vous mesdames ! Patterson s’impose naturellement grâce à son gabarit alors que Sheridan apparaît quelque peu en retrait. Les tirages de cheveux et autres tags illégaux se multiplient tant du côté des heels que des côté des chouchoutes du public. Une partie de cette manche se déroule au sol et survient ce célèbre spot de « Comedy Wrestling » joliment exécuté où la partenaire de l’une s’empresse de renverser la partenaire de l’autre, faisant à chaque fois retomber son alliée en bonne posture. La manche dure près d’un quart d’heure et un saut chassé de Grable permet à son duo de marquer le premier point (1-0). Dans leur coin, Patterson et Downs se font ramener de force sur le tapis et envoyer d’un bout à l’autre du ring en Slingshot ! Cette seconde manche est nettement plus courte et c’est Downs qui en tire l’avantage, contrant un autre saut chassé de Grable. Profitant de l’étourdissement de cette dernière, elle relève ainsi le score (1-1). Désormais à égalité, Patterson et Downs se jettent sur leurs adversaires et tentent le tout pour le tout. Sheridan emmène Patterson au sol pour un Victory Roll maladroit pour l’emporter alors que le public est debout (2-1). On retrouve tous les stéréotypes du catch féminin, du crêpage de chignon à un arsenal limité en passant par les cris aigus incessants. Cependant, ce match reste toutefois enrichissant quant à l’évolution du catch féminin qui n’en est encore qu’à ses balbutiements.


MATCH 6 : WWWF WORLD HEAVYWEIGHT TITLE MATCH : PEDRO MORALES VS GEORGE « THE ANIMAL » STEELE © (08:16)

VAINQUEUR : PEDRO MORALES

PRISE DE FINITION : DÉCISION DE L’ARBITRE

INDICATEUR : *** ½


C’est l’affiche principale de ce programme mais ne sera pas la dernière. George « The Animal » Steele n’est visiblement pas apprécié de la foule de New York. Poilu comme un singe et la langue toujours pendue, Steele suscite la crainte autant que l’interrogation. Son adversaire est au milieu d’un règne mastoc de près de 2 ans en tant que Champion du monde de la World Wide Wrestling Federation. Il s’agit de Pedro Morales, célèbre catcheur d’origine portoricaine des années 1970. À son arrivée, Pedro reçoit une immense ovation et n’a pas à rougir devant celles que recevait à cette période Bruno Sammartino. On peut d’ores et déjà sentir une tension palpable alors que les esprits s’échauffent.

Pedro Morales

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved

En véritable « salaud » détesté du public, Steele attaque Morales mais celui-ci réplique défensivement avec une belle série de coups de poing. Le spécimen de Detroit dans Michigan est envoyé en dehors du ring alors que le public tout entier est debout ! De retour sur le ring, Steele n’hésites pas à utiliser un « foreign object » contre Morales alors que l’arbitre n’y voit que du feu – une naïveté à la fois frustrante et pourtant si caractéristique du catch. Vicieux, le challenger envoie violemment s’écraser Morales tête première dans l’armature métallique du coin. Morales y va de son écrasement et Steele est groggy. Pas du genre à se laisser abattre et porté par une foule des grands soirs, Morales revient avec une intense série de coups de poing alors que Steele est ouvert au niveau du front. Désormais bouillonnant, Morales s’acharne sur ce front ensanglanté et l’arbitre préfère mettre fin au combat en voyant cette lacération. L’officiel lève le bras de Morales alors qu’on ne s’entend plus parler – quel public des grands soirs ! Le Champion est adulé et serre alors les mains de quelques spectateurs chanceux et soulève un drapeau américain et portoricain sous les acclamations d’une foule tout acquise.


MATCH 7 : CHIEF JAY STRONGBOW VS MR. FUJI (13:58)

VAINQUEUR : CHIEF JAY STRONGBOW

PRISE DE FINITION : DOUBLE TOMAHAWK CHOP

INDICATEUR : * ½


Harry Fujiwara, plus connu sous le nom de Mr. Fuji, est un catcheur japonais célèbre pour son rôle de manager sournois au cours des années 1980. À l’instar de son ancien partenaire à la AWA « Prof. » Toru Tanaka, Fuji n’est pas apprécié. Mrs. Kreiger – qui s’en était par ailleurs pris à Tanaka – revient à la charge et s’efforce d’essuyer le sel que Fuji éparpille aux quatre coins du ring. Son adversaire n’est autre que l’intrépide Chief Jay Strongbow, compétiteur d’origine italienne qui fut l’un des premiers à représenter les autochtones d’Amérique du Nord avec sa coiffe traditionnelle et qui rejoint le ring sous un tonnerre d’acclamations.

Mr. Fuji

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated

Strongbow commence fort avec une série de Headcissors qui ramène un Fuji fuyant sur le tapis. Utilisant une ancienne tactique consistant à jeter du sel dans les yeux de son adversaire, le japonais se fait prendre à son propre jeu et se fait aveugler par sa propre ruse, n’y voyant alors plus rien. Aveuglé, Fuji s’agrippe toutefois aux muscles pectoraux de Strongbow, longtemps paralysé par cette pris des trapèzes. Grâce à l’appui d’un public toujours aussi chaud, Strongbow s’en dégage et entame sa fameuse danse traditionnelle. Fuji tente de monter sur les cordes mais l’amérindien le fait chuter et l’attrape avec un Double Atémi porté au niveau de la gorge ! Fuji ne s’en dégage pas et Strongbow s’arroge une victoire quelque peu poussive.


MATCH 8 : HAYSTACKS CALHOUN VS MOONDOG MAYNE (06:03)

VAINQUEUR : HAYSTACKS CALHOUN

PRISE DE FINITION : BIG SPLASH

INDICATEUR : * ¼


Moondog Mayne, chevelure blonde et rêche, barbe fournie et revêtu d’un poncho, rejoint le ring. Il s’est plutôt distingué du côté des territoires de Los Angeles en Californie et de Portland dans l’Oregon et est décédé lors d’un accident de la route en 1978. Son adversaire est l’un des hommes les plus lourds de l’histoire du catch, ainsi qu’une véritable attraction à lui seul. D’origine texane, Haystacks Calhoun était un personnage populaire avec sa gimmick de gentil paysan et fut l’une des têtes d’affiche du circuit américain des années 1960-1970. Calhoun est tragiquement décédé en 1989.

Haystacks Calhoun fighting

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated

Visiblement remonté, Calhoun veut se frotter à Moondog Mayne alors que l’arbitre tente vainement de retenir cette immense masse humaine, ses pieds dérapant littéralement sur le tapis du ring ! Profitant d’un moment d’inattention de Calhoun, Mayne lui saute dessus et l’accule dans l’un des coins. Pas vraiment malin, Moondog tente un surpassement mais espérait-il réellement soulever près de 300kg ? Dès lors, Calhoun se ressaisit et se permet même de s’asseoir sur son adversaire et de le piétiner ! Pris au piège dans un coin, Mayne se fait écraser par un énorme Body Avalanche et Calhoun l’aplatit avec un gros Splash. Moondog Mayne ne peut s’en dégager alors que Calhoun s’arroge une victoire sous les acclamations du Madison Square Garden.


Agréable surprise que cette découverte de ce programme de la World Wide Wrestling Federation, enregistré en 1973 depuis les confins du Madison Square Garden. Nous avons eu de tout : du terrifiant Blackjack Lanza au détesté Mr. Fuji en passant par l’attraction Haystacks Calhoun. Sans pour autant être exempt de défauts (ce qui est loin d’être le cas), ce programme a le mérite de proposer des confrontations variées. On ne peut que saluer l’initiative d’offrir près de vingt minutes de catch féminin, véritable vitrine pour ces quatre femmes qui n’auront pas démérité malgré quelques difficultés. On ne peut pas non plus faire l’impasse sur cette sublime défense de titre d’un Pedro Morales héroïque et dont la popularité n’a alors d’égale que celle d’un certain… Bruno Sammartino ! Le tout est porté de bout en bout par une foule incroyablement impliquée, donnant de la voix du premier match jusqu’au dernier. Plus généralement, ce All Star Wrestling on HBO est une excellente exhibition du produit WWWF du début des années 1970 et de l’effet causé sur les foules par cette véritable attraction populaire et inédite qu’est le catch professionnel. 

Nathan Maingneur

Les commentaires sont fermés