WORLD WRESTLING FEDERATION – MSG #03

WORLD WRESTLING FEDERATION

MADISON SQUARE GARDEN #03

14/04/1975

Madison Square Garden

Madison Square Garden

Un peu moins d’un mois s’est écoulé après une première défense de titre controversée. L’illustre Bruno Sammartino remet son titre de Champion de la WWWF en jeu face à Spiros Arion dans un combat aux règles particulières : il s’agira d’un Greek Death Match.

Sous l’égide de la World Wide Wrestling Federation, ce programme se déroule au Madison Square Garden, salle mythique de New York. L’annonceur précise que les matches proposés ce soir seront sous la supervision de la Commission Athlétique de l’État de New York, présidée par Edwin Dooley. Les juges seront messieurs Anthony Malphy, Joe Ryder et Harry Frankel. Le physicien et docteur Harry Calman est aux abords du ring. Vincent Abbatiello s’occupera de faire sonner la cloche. L’arbitre de la rencontre sera Bill Chapman. Vincent K. McMahon sera l’unique commentateur de ce spectacle de catch.


MATCH 1 : TONY ALTOMARE VS MIKE PAIDOUSIS (13:05)

VAINQUEUR : MIKE PAIDOUSIS

PRISE DE FINITION : ESQUIVE D’UN SAUT CHASSÉ

INDICATEUR : *


Tony Altomare, ex-partenaire du sulfureux Lou Albano au sein des « Sicilians » qui jouaient le rôle de mafieux, jusqu’à ce que la mafia elle-même s’en mêle avec de réelles menaces à l’encontre des catcheurs, est sur le ring. Il se mesure ce soir à un autre vétéran des rings de catch en la personne de Mike Paidousis, catcheur américain sur lequel j’ai peu d’informations.

Grande gueule, Altomare s’invective déjà avec l’arbitre dans une représentation stéréotypée de ce qu’on désignerait familièrement comme un « rital ». Paidousis semble confiant alors que Tony ne cesse de se plaindre auprès du corps arbitral. En résumé, c’est plutôt brouillon et le public du Garden, d’habitude si chaud, ne peut que rester silencieux face à ce piètre combat. Usant et abusant de tactiques peu louables et dans le dos d’un arbitre complètement dépassé, Altomare prend l’avantage. Un saut chassé est envoyé dans le vent et Paidousis profite de cet étourdissement pour faire le tombé. Cela suffit et Paidousis l’emporte au terme d’un match décevant. Mauvais perdant, Altomare va jusqu’à menacer McMahon de s’en prendre à lui s’il diffuse sa défaite… Je crois qu’il n’a visiblement pas tenu compte de ses menaces !


MATCH 2 : EL OLYMPICO VS GREG VALENTINE (07:49)

VAINQUEUR : GREG VALENTINE

PRISE DE FINITION : ELBOW DROP

INDICATEUR : **


Catcheur semi-masqué originaire de Mexico, le personnage de El Olympico est toujours autant apprécié du public de New York et même s’il n’est plus tout jeune, n’en reste pas moins un compétiteur aguerri. Il s’apprête alors à affronter un jeune débutant qui n’est autre que Greg Valentine, catcheur américain de Seattle, Washington. Ce dernier effectue ce soir ses débuts au Madison Square Garden et arbore déjà cette longue chevelure blonde et ce regard de tueur si caractéristique.

Greg Valentine

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved

Malgré l’expérience de son adversaire, Valentine cogne fort avec de violents coups d’avant-bras. Olympico est mis en déroute et revient quand même avec une série de sauts chassés, prise alors extrêmement populaire. Valentine est également talentueux dans son « selling » et vend parfaitement son match. Lors d’une projection dans les cordes, Olympico est reçu par un énorme coup de coude de Valentine, un véritable coup de marteau qui lui vaudront plus tard son surnom de « Hammer ». Olympico est logiquement sonné et ne se relève pas d’une descente du coude. Valentine s’arroge ici une première victoire de prestige au Madison Square Garden et poursuivra une longue et fructueuse carrière.


MATCH 3 : WALDO VON ERICH VS CHIEF JAY STRONGBOW (00:39)

VAINQUEUR : WALDO VON ERICH

PRISE DE FINITION : COUNT-OUT

APPRÉCIATION : SUPERBE MANIÈRE DE S’ATTIRER LA HAINE DU PUBLIC


Tout en délicatesse. Un casque de SS sur la tête et un salut hitlérien en guise d’introduction, Waldo Von Erich sait comment s’attirer les sifflets. Ce catcheur canadien porte en effet les traits d’un sympathisant nazi, un personnage qui serait automatiquement sifflé quoi qu’il fasse. Face à lui, un compétiteur extrêmement populaire. L’un des premiers champions du peuple, en la personne de Chief Jay Strongbow, le rejoint. Le public n’attend qu’une chose : que Strongbow botte les fesses du « nazi » Von Erich.

Un moment d’inattention suffit pour que Strongbow soit victime d’une attaque de Waldo. Il l’envoie durement s’écraser à l’extérieur du ring, sur le sol en béton. Sonné, Strongbow ne peut se relever du compte de l’arbitre. La foule est furieuse alors que Von Erich est fier et pavane. On dirait qu’une véritable émeute est imminente. Von Erich reçoit une pluie de projectiles alors qu’il regagne les vestiaires.


MATCH 4 : 2 OUT OF 3 FALLS MATCH : LITTLE TOKYO & LORD LITTLEBROOK VS LITTLE LOUIS & SONNY BOY HAYES (18:45)

VAINQUEURS : LITTLE TOKYO & LORD LITTLEBROOK (2-1)

PRISE DE FINITION : JACKNIFE PIN

INDICATEUR : ** ½


L’affiche de ce 2 Out of 3 Falls est pour le moins originale. Little Tokyo et Lord Littlebrook, un japonais et un anglais issu du circuit « Midget Wrestling » s’associent ce soir face au tandem composé de Little Louis et de Sonny Boy Hayes, un duo sur lequel j’ai malheureusement peu d’informations. Les ceintures ne seront pas remises en jeu.

On ne peut qu’être interloqué par ce genre d’attraction, et c’est toute l’idée de la chose. On bascule alors dans un aspect purement divertissant du catch. Le ton est donné lorsque Littlebrook met l’arbitre à genou pour les précautions d’avant-match. Les quatre lutteurs s’en donnent à cœur joie devant un public souriant. Un quiproquo voit l’arbitre enseveli sous les quatre nains qui s’accrochent à ses jambes et à ses bras. Un coup de pied permet à Littlebrook et à Tokyo de prendre le premier point au bout d’une dizaine de minutes (1-0). Dans leur domaine, ces derniers sont imparables et ne cessent de s’emmêler les pinceaux, au grand bonheur d’une foule hilare. L’arbitre joue un rôle clé dans le déroulement « Comedy Wrestling » de la rencontre, étant souvent de la partie lors des moments les plus cocasses. Un coup manqué de Tokyo sèche Littlebrook et permet à Hayes et Louis d’être à égalité (1-1). Un moment hilarant voit ces derniers utiliser Tokyo comme un véritable bélier humain. Tokyo aura même droit à une fessée de l’arbitre, le seul moment dégradant du combat. Suite à une énième situation loufoque, Toyko et Littlebrook tirent leur épingle du jeu au terme de près de vingt minutes de combat surréaliste alors qu’ils ont pourtant été ridiculisés tout du long (2-1). On ne peut que saluer le formidable travail des vainqueurs, qui demeurent encore à ce jour les plus grands de leur genre.


MATCH 5 : WORLD WIDE WRESTLING FEDERATION TITLE MATCH : GREEK DEATHMATCH : SPIROS ARION W/FREDDIE BLASSIE VS BRUNO SAMMARTINO © W/ARNOLD SKAALAND (14:58)

VAINQUEUR : BRUNO SAMMARTINO

PRISE DE FINITION : SINGLE LEG BOSTON CRAB

INDICATEUR : *** ¼


L’arrivée de Spiros Arion et de son manager, « Classy » Freddie Blassie, se fait sous une pluie de quolibets. Sans pour autant détester Arion, le public en voulait à quiconque osait s’en prendre à l’idole Sammartino. En grande forme, « Classy » invective déjà l’arbitre et l’annonceur. Le Madison Square Garden entre alors en éruption pour l’entrée du Champion, le mythique Bruno Sammartino, accompagné de Arnold Skaaland. L’italien est accueilli à juste titre par une spectaculaire ovation alors qu’il remet ce soir son titre en jeu dans un Greek Death Match.

Bruno Sammartino

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated

Sammartino joue la carte de l’agressivité en se jetant sur Arion, le martelant de coups de poing et de pied. Le catcheur d’origine grecque revient avec un sale coup bas, directement dans les parties du Champion. Téméraire, Bruno revient et place Arion dans sa prise de l’ours ! Tout le public se lève mais Arion s’en sort avec un nouveau coup bas qui affaiblit Sammartino. Les deux hommes se répondent coup pour coup et Sammartino n’hésite pas à utiliser la cordelette du coin pour étrangler Arion ! Un Atomic Drop couche le Champion et Arion décide de prendre de la hauteur. Une descente du genou esquivée par Bruno voit Arion s’écraser et se tenir le genou. Opportuniste, Sammartino s’en prend à ce genou meurtri et ne le lâche plus, ne faisant preuve d’aucune compassion. Il l’emprisonne dans un Single Leg Boston Crab qui plie son challenger. Celui-ci n’a d’autre choix que de jeter l’éponge et le public explose ! La foule se lève comme un seul homme alors que Sammartino est proclamé victorieux par l’annonceur au terme d’une revanche énergique, porté par une foule des grands soirs.


Au sol, Arion se prend un énième coup de pied de Sammartino qui repart ensuite en direction des vestiaires. Sur une jambe, Arion ne manque pas d’invectiver la foule qui répond en huant lourdement. Il quitte le Garden en boitant, sous d’incessants sifflets du public de New York. 


MATCH 6 : ÉDOUARD CARPENTIER VS « BUTCHER » JOE NOVA (09:16)

VAINQUEUR : ÉDOUARD CARPENTIER

PRISE DE FINITION : CANNONBALL

INDICATEUR : * ¾


Véritable légende du catch franco-canadienne, Édouard Carpentier est l’un de noms les plus célèbres de l’histoire de la discipline et rejoint le ring sous les acclamations de la foule de New York. Cet ancien résistant, capturé par les allemands à l’âge de 16 ans en 1944, était parvenu à s’échapper et à rejoindre le Résistance. Carpentier fut décoré de la croix de guerre 1939-1945 et de la croix du combattant. Il découvre le catch grâce à Lino Ventura qui le pousse à exploiter ses talents. Opposé au « Flying Frenchman » se dresse ce soir un large lutteur surnommé « Butcher » Joe Nova, sur lequel j’ai découvert peu de choses sinon qu’il catchait également sous le nom de Butcher Brannigan.

Édouard Carpentier

World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved

Expérimenté, Carpentier est dans la fleur de l’âge et domine logiquement Nova, en retrait et pas réellement impressionnant. Tout le contraire de Carpentier, un pur régal de catch à l’ancienne, alliant pirouettes et envolées spectaculaires, à l’image du grand catch français des années 1950-1960. Nova est physiquement dépassé et ne semble pas savoir comment réagir face à un bien meilleur adversaire. Carpentier maîtrise son catch et s’en donne à coeur joie avec de jolies Cannonballs qui suffisent à immobiliser le « Butcher » pour le compte de trois. Jolie exhibition d’un catch plus « gymnastique » qui a fait la gloire du catch français d’après-guerre.


MATCH 7 : VICTOR RIVERA VS « BIG » BOBBY DUNCUM W/GRAND WIZARD OF WRESTLING (16:00)

VAINQUEUR : AUCUN

PRISE DE FINITION : TIME LIMIT

INDICATEUR : ** ¼


Victor Rivera, catcheur issu du territoire de Porto Rico alors sous la houlette de l’impitoyable Carlos Colõn, est sur le ring, prêt à se battre. Son adversaire est accompagné du Grand Wizard of Wrestling, toujours plein d’enthousiasme. Arborant un chapeau de cow-boy noir et une ceinture en fer à l’épaule, il s’agit de « Big » Bobby Duncum, qui a combattu à la WWWF, AWA et NWA dans les années 1970-1980.

C’est la dernière confrontation de la soirée, qui doit se terminer avant le couvre-feu du Madison Square Garden. Malgré un style de voltigeur prononcé, Rivera est rapidement mis en difficulté par d’incessantes attaques de Duncum avec un objet illicite, caché dans son slip. L’arbitre n’y voit rien, toujours dans ce concept de naïveté arbitrale. Plusieurs séquences sont intéressantes, alors que Duncum parvient à garder l’avantage dans ce match assez « back and forth ». Les dégagements s’enchaînent et les corps s’épuisent, mais le catch n’en reste pas moins efficace. Rivera parvient enfin à mettre la main sur ce fameux objet interdit de Duncum, mais l’arbitre doit arrêter le match, la limite de temps du couvre-feu du Garden étant dépassée. Il s’agit ici d’un match-nul, où « broadway » pour conclure ce gala de catch estampillé WWWF.


Si on ne devait retenir qu’une chose, cela tiendrait en un nom : Bruno Sammartino. Sa défense de titre aura été le grand moment de la soirée, offrant un match mémorable à une foule énergique. Pour autant, on retient également l’attraction « Freak Show » de ce programme, ce combat de nains où s’illustrent surtout Little Tokyo et Lord Littlebrook, grands noms du « Midget Wrestling ». Les débuts de Greg Valentine auront été couronnés de succès, ce dernier s’imposant avec brutalité. On ne peut oublier les acrobaties de Carpentier et la haine générée par le personnage de Waldo Von Erich. Pour autant, un nom en particulier continue de faire lever les foules du monde entier. Bruno Sammartino, véritable légende vivante et attraction humaine, porte étendard du catch des années 1960-1970.

Nathan Maingneur

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