WORLD WRESTLING FEDERATION
MADISON SQUARE GARDEN #03
14/04/1975

Madison Square Garden
Produit et réalisé par la World Wide Wrestling Federation, ce programme a été enregistré au Madison Square Garden de New York City, reconnu comme le temple du catch professionel. Le présentateur annonce au micro que les matches qui auront lieu ce soir sont placés sous la législation de la commission athlétique de l’État de New York, présidée par Edwin Dooley. Les juges seront messieurs Anthony Malphy, Joe Ryder et Harry Frankel. Le physicien et docteur Harry Calmann se tient en dehors du ring en compagnie de Vincent Abbatiello, notre gardien de la cloche. L’arbitre de notre premier combat sera Bill Chapman et Vince McMahon Jr. est l’unique commentateur de ce programme diffusé sur HBO. Cette fois-ci nous ne raterons que ce match Tag Team entre les Valiant Brothers et le duo composé de Manuel Soto et de Pete Sanchez.
Un peu moins d’un mois s’est écoulé après que Bruno Sammartino ait retenu son titre – non sans controverse – contre Spiros Arion. L’italien remet ce soir son titre de Champion du monde poids-lourds en jeu contre Arion lors d’un combat aux règles particulières : ce sera un Greek Deathmatch.
En cette année 1975, un petit groupe natif de Boston commence à faire parler de lui en assurant les premières partie de mammouths du rock tels que Black Sabbath ou Deep Purple. Emmenés par l’impétueux Steven Tyler et le talentueux Joe Perry, Aerosmith franchit un cap avec la sortie de son album Toys In The Attic, sans doute le plus célèbre du groupe. Avec des morceaux tels que Sweet Emotion ou encore l’intemporel Walk This Way, ils iront cimenter leur présence parmi les grands noms du rock des seventies.

Aerosmith
MATCH 1 : TONY ALTOMARE VS MIKE PAIDOUSIS (13:05)
VAINQUEUR : MIKE PAIDOUSIS
PRISE DE FINITION : ESQUIVE D’UN SAUT CHASSÉ
INDICATEUR : *
Tony Altomare, ex-partenaire du sulfureux Lou Albano au sein des Sicilians qui jouaient les mafieux – jusqu’à ce que la mafia elle-même s’en mêle avec de réelles menaces à l’encontre des catcheurs – se tient sur le ring. Il se mesurait ce soir à un autre vétéran des rings en la personne de Mike Paidousis, catcheur d’origine grecque sur lequel on a peu d’informations.
Grande gueule, Altomare s’invective déjà avec l’arbitre et joue sur une représentation stéréotypée de ce qu’on désignerait familièrement comme le « rital ». Paidousis semble confiant alors que Tony ne cesse de se plaindre auprès du corps arbitral. En résumé, c’est plutôt brouillon et le public du Garden – d’habitude très chaud – se mure dans le silence face à ce piètre combat. Usant et abusant de tactiques peu louables – et dans le dos d’un arbitre complètement aux fraises – Altomare prends alors l’avantage. Un saut chassé est envoyé dans le vent et Paidousis profite de cet étourdissement pour faire le tombé. Cela suffit et Paidousis l’emporte au terme d’un match très décevant. Mauvais perdant, Altomare va jusqu’à menacer McMahon de s’en prendre à lui s’il diffuse le contenu de ces images… Je crois que Vince n’a visiblement pas tenu compte de ses menaces !
MATCH 2 : EL OLYMPICO VS GREG VALENTINE (07:49)
VAINQUEUR : GREG VALENTINE
PRISE DE FINITION : DESCENTE DU COUDE
INDICATEUR : **
Catcheur semi-masqué originaire de Mexico, le personnage d’El Olympico est toujours aussi populaire auprès du public de New York City. Et même s’il n’est plus tout jeune, il n’en reste pas moins un compétiteur aguerri. Il s’apprête à affronter un jeune débutant qui n’est autre que Greg Valentine, catcheur de seconde génération originaire de Seattle dans l’État de Washington. Celui-ci signe ce soir ses débuts au Madison Square Garden et arbore déjà cette longue chevelure blonde et ce regard de tueur si caractéristique.

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Malgré l’expérience de son adversaire, Valentine cogne fort avec de violents coups d’avant-bras. Olympico est mis en déroute et revient malgré tout avec une série de sauts chassés – une prise alors extrêmement populaire. Valentine est également talentueux dans son « selling » et vend parfaitement son match. Lors d’une projection dans les cordes, Olympico est reçu par un énorme coup de coude de Valentine, un véritable coup de marteau qui lui vaudra plus tard son surnom de « the Hammer ». Olympico est logiquement sonné et ne se relèvera pas d’une grosse descente du coude. Greg Valentine s’arroge ainsi une première victoire sur le ring du Madison Square Garden et poursuivra une longue et fructueuse carrière.
MATCH 3 : WALDO VON ERICH VS CHIEF JAY STRONGBOW (00:39)
VAINQUEUR : WALDO VON ERICH
PRISE DE FINITION : COUNT-OUT
APPRÉCIATION : SUPERBE MANIÈRE DE S’ATTIRER LA HAINE DU PUBLIC
Un casque de SS sur la tête et un salut hitlérien en guise d’introduction, Waldo Von Erich sait comment s’attirer les ennuis. Ce catcheur canadien – et non allemand comme le suggère son apparence – affichait les traits d’un sympathisant nazi, une caricature automatiquement huée dans tous les cas. En face de lui se trouve l’un des premiers champions du peuple en la personne de Chief Jay Strongbow. Le public n’attends désormais qu’une chose : que Strongbow botte les fesses du « nazi » Waldo Von Erich.

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Un moment d’inattention suffit pour que Strongbow soit victime d’une sournoise attaque de Waldo et l’envoie durement s’écraser en dehors du ring. Sonné, Strongbow ne sera pas en mesure de se relever du compte de l’arbitre et perd le match en moins d’une minute. La foule est furieuse mais Von Erich s’en moque et pavane fièrement en faisant le pas de l’oie. Waldo reçoit une pluie de projectiles sur son chemin de retour au vestiaire et on dirait qu’une émeute est imminente.
MATCH 4 : 2 OUT OF 3 FALLS MATCH : LITTLE TOKYO & LORD LITTLEBROOK VS LITTLE LOUIS & SONNY BOY HAYES (18:45)
VAINQUEURS : LITTLE TOKYO & LORD LITTLEBROOK (2-1)
PRISE DE FINITION : JACKNIFE PIN
INDICATEUR : ** ½
L’affiche de ce 2 Out of 3 Falls est pour le moins originale. Little Tokyo et Lord Littlebrook sont un japonais et un anglais issu du circuit « Midget Wrestling » qui s’associaient ce soir face au tandem composé de Little Louis et de Sonny Boy Hayes, un duo de lilliputiens américains. Les ceintures ne seront pas remises en jeu.

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On ne peut qu’être interloqué par ce genre de combat et c’est toute l’idée de la chose. On bascule alors dans un aspect purement divertissant du catch. Le ton est donné lorsque Littlebrook met l’arbitre à genou pour les précautions d’avant-match. Les quatre catcheurs s’en donnent alors à cœur joie devant un public amusé. Un quiproquo voit l’arbitre enseveli sous les quatre nains qui s’accrochent à ses jambes et à ses bras. Un coup de pied permet à Littlebrook et à Tokyo de prendre le premier point au bout d’une dizaine de minutes (1-0). Dans leur domaine, ces derniers sont imparables et ne cessent de s’emmêler les pinceaux, au grand bonheur d’une foule hilare. L’arbitre joue un rôle clé dans le déroulement « Comedy Wrestling » de la rencontre, étant souvent de la partie lors des moments les plus cocasses. Un coup manqué de Tokyo couche Littlebrook et permet à Hayes et Louis d’égaliser (1-1). Un moment délirant voit ces derniers utiliser Tokyo comme un véritable bélier humain. Tokyo aura même droit à une fessée de l’arbitre, le seul moment dégradant du combat. Suite à une énième situation loufoque, Tokyo et Littlebrook tirent leur épingle du jeu au terme de près de vingt minutes d’un combat surréaliste alors qu’ils ont pourtant été ridiculisés tout du long (2-1). Ça peut ne pas plaire à tout le monde mais on ne peut que saluer le formidable travail des vainqueurs qui demeurent encore à ce jour les meilleurs de leur genre.
MATCH 5 : WORLD WIDE WRESTLING FEDERATION TITLE MATCH : GREEK DEATHMATCH : BRUNO SAMMARTINO © W/ARNOLD SKAALAND VS SPIROS ARION W/« CLASSY » FREDDIE BLASSIE (14:58)
VAINQUEUR : BRUNO SAMMARTINO
PRISE DE FINITION : SINGLE LEG BOSTON CRAB
INDICATEUR : *** ¼
L’arrivée de Spiros Arion et de son manager, « Classy » Freddie Blassie se fait sous une pluie de quolibets. Sans pour autant détester Arion, la foule en voulait surtout à quiconque osait s’en prendre à l’idole Sammartino. En grande forme, Blassie invective déjà l’arbitre et l’annonceur du ring. Le Madison Square Garden entre alors en éruption pour l’entrée du Champion, en la personne du mythique Bruno Sammartino, accompagné de Arnold Skaaland. L’italien, aujourd’hui résident à Pittsburgh en Pennsylvanie est accueilli par une spectaculaire ovation et remets ce soir son titre en jeu dans un Greek Death Match.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated
Sammartino joue la carte de l’agressivité et se jette sur Arion en le martelant de coups de pied et de poing. Le lutteur d’origine grecque revient avec un sale coup bas directement dans les parties du Champion. Téméraire, Bruno revient et place Arion dans sa Bearhug ! Tout le public est debout mais Arion s’en sort avec un nouveau coup bas qui affaiblit Sammartino. Les deux hommes se répondent coups pour coups et Sammartino n’hésite pas à utiliser la cordelette du coin pour étrangler Arion. Il n’y a pas de règles pour tout le monde ! Un Atomic Drop couche Bruno et Arion décide de prendre de la hauteur. Une descente du genou est esquivée par le Champion et voit Arion s’éclater le genou. Pas opportuniste mais malin, Sammartino s’en prends à ce genou meurtri et ne le lâche plus, ne faisant preuve d’aucune compassion à l’égard de son challenger. Il l’emprisonne dans un Single Leg Boston Crab qui courbe l’échine d’Arion. Celui-ci n’a d’autre choix que de jeter l’éponge et le public explose ! La foule se lève comme un seul homme alors que Sammartino est proclamé victorieux par l’annonceur au terme d’une revanche énergique et portée par une foule des grands soirs.
– Au sol, Arion se prend un énième coup de pied de Sammartino qui repart ensuite en direction des vestiaires. Sur une jambe, Arion ne manque pas d’invectiver la foule qui réponds en huant bruyamment. Il quitte ainsi le ring du Garden en boitant et sous d’incessants sifflets du public de New York City.
MATCH 6 : ÉDOUARD CARPENTIER VS « BUTCHER » JOE NOVA (09:16)
VAINQUEUR : ÉDOUARD CARPENTIER
PRISE DE FINITION : CANNONBALL
INDICATEUR : * ¾
Légende vivante de la lutte au Québec, Édouard Carpentier est l’un de noms les plus reconnus de l’histoire de la discipline et rejoint le ring sous les acclamations de la foule de New York. Né à Roanne, en région Auvergne-Rhône-Alpes, Carpentier fut capturé par les allemands à l’âge de 16 ans en 1944 et était parvenu à s’échapper – selon la légende – par les toits de Paris pour ensuite rejoindre la Résistance française. Il a plus tard été décoré par la croix de guerre « 1939-1945 » et par la croix du combattant. Il découvre le catch grâce à Lino Ventura qui le pousse à exploiter ses talents. Opposé au « Flying Frenchman » se dresse ce soir un large lutteur surnommé « Butcher » Joe Nova sur lequel j’ai découvert peu de choses sinon qu’il combattait également sous le nom de Butcher Brannigan.
Expérimenté, Carpentier est dans la fleur de l’âge et domine logiquement un Nova en retrait et pas réellement impressionnant. Tout le contraire du franco-québécois, un pur régal de catch old-school qui allie pirouettes et envolées acrobatiques – à l’image du catch français des années 1950-1960. Nova est physiquement dépassé et ne semble pas savoir comment réagir face à un bien meilleur adversaire. Carpentier maîtrise son catch et se fait plaisir avec de jolies Cannonballs qui suffisent à immobiliser le « Butcher » pour le compte de trois. Jolie exhibition d’un catch plus « gymnastique » qui a fait l’âge d’or du catch français d’après-guerre.
MATCH 7 : VICTOR RIVERA VS « BIG » BOBBY DUNCUM W/THE GRAND WIZARD OF WRESTLING (15:54)
VAINQUEUR : AUCUN
PRISE DE FINITION : TIME LIMIT
INDICATEUR : ** ¼
Victor Rivera, catcheur issu du territoire de Porto Rico, alors sous la houlette de l’impitoyable Carlos Colõn, est sur le ring du Garden. Son adversaire est guidé en direction du ring par le Grand Wizard of Wrestling, toujours débordant d’énergie. Un chapeau de cow-boy noir vissé sur la tête et une ceinture en fer à l’épaule, voici venir « Big » Bobby Duncum, qui a longtemps combattu à la WWWF, à la AWA et sur d’autres territoires de la NWA au cours des années 1970-1980.

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C’est la dernière confrontation de la soirée, qui doit donc se terminer avant le couvre-feu du Madison Square Garden. Malgré un style de voltigeur affirmé, Rivera est rapidement mis en difficulté par d’incessantes attaques de Duncum qui utilise un objet illicite caché dans son slip. L’arbitre n’y voit rien – toujours dans ce concept de naïveté arbitrale. Plusieurs séquences sont intéressantes, alors que Duncum parvient à garder l’avantage dans ce match assez compétitif. Les dégagements s’enchaînent et les corps s’épuisent mais le catch n’en reste pas moins efficace. Rivera parvient finalement à mettre la main sur ce fameux objet de Duncum mais l’arbitre doit arrêter le combat, la limite de temps du couvre-feu du Garden étant dépassée. Il s’agit donc d’un match-nul pour conclure ce gala de catch estampillé WWWF.
Si on ne devait retenir qu’une chose de ce programme, ce serait un nom : Bruno Sammartino. Sa défense de titre aura été le grand moment de la soirée, offrant un match mémorable à une foule énergique. Pour autant, on retient également l’attraction « Midget Wrestling » de notre soirée, ce combat de lilliputiens où ont surtout brillé Little Tokyo et Lord Littlebrook, légende de catch de nains. Les débuts de Greg Valentine auront été couronnés de succès et récompensés par une première victoire importante. On ne peut oublier les acrobaties d’Édouard Carpentier et la haine générée par le personnage de Waldo Von Erich. Mais l’immense vedette de ce programme est bien-entendu Bruno Sammartino, véritable légende vivante et porte étendard du catch des années 1960-1970.
Nathan Maingneur