WORLD WRESTLING FEDERATION – MSG #04

WORLD WRESTLING FEDERATION

MADISON SQUARE GARDEN #04

02/02/1976

Madison Square Garden

Madison Square Garden

1976. Le Madison Square Garden de New York s’apprête à vivre la revanche du siècle. « Superstar » Billy Graham défie à nouveau l’inamovible Bruno Sammartino pour sa ceinture de Champion de la World Wide Wrestling Federation.

L’annonceur Buddy Wagner nous accueille pour cette grande soirée de catch. Il annonce que les matches seront ce soir supervisés et sous la juridiction de la Commission Athlétique de l’État de New York, présidée par James A. Farley. Les juges sont Bert Glaser, Anthony Malfy et Harry Krinkle. Le docteur et physicien aux abords du ring est Earl Shaw. Le « gardien de la cloche » est toujours Vincent Abbatiello et les arbitres de la soirée seront Jack Lotz, Danny Bonfield et Steve Rosario.

Vincent K. McMahon, fils du célèbre promoteur Vincent J. McMahon et futur président de la fédération, sera notre unique commentateur.


MATCH 1 : « FABULOUS » FRANK MONTE VS PETE SANCHEZ (09:21)

VAINQUEUR : FRANK MONTE

PRISE DE FINITION : BIG BOOT

INDICATEUR : * ¾


Une barbe blonde, de longs cheveux de la même teinte, « Fabulous » Frank Monte est déjà debout sur le ring, prêt à se battre. Son adversaire, Pete Sanchez est surnommé « Sensationnal » et se tient dans le coin opposé, un blouson bleu sur les épaules.

Agressif, Monte brise la garde de Sanchez et l’attaque, alors que ce dernier n’a même pas eu le temps de retirer sa veste. Sanchez se réveille et répond avec des coups de poing. Il assène un Headcissors à Monte, à son tour en difficulté. En dépit de son côté « ordinaire », le match n’est pas déplaisant. Un Irish Whip dans le coin fouette le dos de Monte qui s’écroule à genoux. Trop précipité, Sanchez se jette ensuite dans un Big Boot de Monte, acculé dans le coin. Sonné, Sanchez ne se relève qu’une seconde trop tard d’un compte de trois décisif.


MATCH 2 : FRANCISCO FLORES VS LOUIS CYR W/FREDDIE BLASSIE (09:16)

VAINQUEUR : LOUIS CYR

PRISE DE FINITION : BRISE-ÉPAULE

INDICATEUR : * ¾


« Classy » Freddie Blassie, éternel gueulard, aboie sur tout le monde alors que son protégé Louis Cyr, originaire des forêts du Yukon, est annoncé comme le petit fils de l’homme le plus fort du monde. Son adversaire est reconnu comme le Champion des poids lourds du Mexique, il s’agit de Francisco Flores, populaire au Madison Square Garden. Blassie ne s’arrête pas d’invectiver son monde et doit être escorté par la police !

Flores semble avoir trouvé le talon d’Achille du strongman. Au sol, Cyr n’arrive pas à bouger et s’en sort uniquement par sa force brute. En difficulté, Flores réussit toutefois à placer quelques coups, dans un effort vain. La fin de match tend à s’intensifier, Cyr se dégageant d’un Splash et Flores esquivant un Senton, nous offrant quelques nearfalls plutôt sympathiques. Une série de coups de genou et un Big Boot permettent à Cyr de l’emporter avec son brise-épaule. L’homme fort s’arroge donc une nouvelle victoire ici au Garden.


MATCH 3 : SPIROS ARION VS KEVIN SULLIVAN (06:44)

VAINQUEUR : SPIROS ARION

PRISE DE FINITION : ATOMIC DROP

INDICATEUR : *


Initialement pas prévu ce soir, Spiros Arion, catcheur d’origine grecque, s’avance d’un air déterminé vers le ring, sous les sifflets. Des changements de dernière minutes auraient d’après McMahon été réalisés dans les vestiaires et c’est un jeune Kevin Sullivan, dans ses premières années, qui doit l’affronter ce soir.

Avec son physique, Sullivan maîtrise Arion, en difficulté en ce début de rencontre. Arion sait toutefois revenir avec de vicieux coups. Pas d’avantage réel pour qui que ce soit, on reste dans un match habituel « back and forth » assez caractéristique de l’époque. Sullivan emmène Arion en Monkey Flip et veut en placer un autre. Ce dernier contre et fait retomber son adversaire sur le dos. Il l’emporte avec un Atomic Drop sur Sullivan qui ne s’en relève pas, au terme d’un match un brin fade.


MATCH 4 : DOMINIC DENUCCI VS « KING » ERNIE LADD (11:55)

VAINQUEUR : ERNIE LADD

PRISE DE FINITION : THUMB TO THE THROAT

INDICATEUR : **


Dominic DeNucci, catcheur italo-américain, est ce soir sur le ring du Garden. Il s’est majoritairement illustré du côté de la WWWF et catchait également régulièrement au Japon. Son adversaire s’autoproclame lui-même le « roi du catch professionnel ». Ernie Ladd, sifflé en masse par le public de New York, rejoint le ring.

Refusant systématiquement d’engager le combat, Ladd s’attire les foudres de la foule. L’arbitre doit alors vérifier son pouce, apparemment blessé et donc bandé, susceptible d’être utilisé comme une arme. La rencontre prend une tournure de match de boxe, DeNucci décollant Ladd du sol avec une série de coups de poing ! En difficulté, Ladd n’est pas moins arrogant. Celui qu’on appelle « Big Cat » n’hésite pas à demander des temps morts à l’arbitre. Utilisant finalement son pouce, Ladd reprend l’avantage alors que DeNucci est pris sous une pluie de coups. Ce dernier revient, porté par le public et se fait toutefois surprendre par un coup de ce pouce, directement dans la trachée. Utilisant les cordes, Ladd l’emporte alors qu’une petite dame âgée du 1er rang s’en prend à lui à coups de sac, un officiel devant s’interposer. C’est vous dire à quel point Ernie Ladd savait se faire détester.


MATCH 5 : IVAN KOLOFF W/CPT. LOU ALBANO VS IVAN PUTSKI (11:00)

VAINQUEUR : AUCUN

PRISE DE FINITION : DOUBLE COUNT-OUT

INDICATEUR : ** ¼


Annoncé au microphone comme « The Battle of the Ivan’s », ce match est d’ores et déjà prometteur. Accompagné par Captain’ Lou Albano, Ivan Koloff, catcheur d’origine russe, rejoint le ring sous les huées du public américain. L’Ours Russe se mesure ce soir à un autre lutteur nommé Ivan, originaire de Pologne. Il s’agit du populaire Ivan Putski, qui fait son entrée au Garden en scandant « Polish Power ! » et faisant état d’une musculature démesurée.

La première phase de match est amenée intensément, Koloff se heurtant à la montagne qu’est Putski. C’est davantage un duel de force brute qu’un match de catch à proprement parler, jusqu’au moment où Putski coince le russe dans un collier de tête. Celui-ci s’en sort avec des moyens peu louables et l’enferme dans une prise de l’ours redoutable. Cadenassé, Putski résiste tant bien que mal et retourne la prise, seulement pour être contré par un « étranglement des yeux ». Putski est de retour et martèle un Koloff en difficulté, les deux catcheurs se battant maintenant sur le tablier du ring. Faisant fi du compte de l’arbitre, Koloff et Putski se font disqualifier sur un double décompte à l’extérieur. Le public est furieux alors qu’on entend des chants « Bullshit ! ». Koloff rejoint vite le vestiaire alors qu’un Putski visiblement remonté s’adresse à l’arbitre et à l’annonceur, lui même y allant de son « Bullshit ! »


MATCH 6 : 2 OUT OF 3 FALLS MATCH : BILLY THE KID & LITTLE JOHNNY VS BOBO JOHNSON & LITTLE LOUIS (18:29)

VAINQUEURS : BOBO JOHNSON & LITTLE LOUIS (2-0)

PRISE DE FINITION : SLINGSHOT

INDICATEUR : ** ½


Aspect purement « Freak Show » d’un gala de catch, le combat des nains était toujours attendu par le public de l’époque, friand de ces divertissants spectacles. Billy the Kid, originaire du Texas, a fait ses armes sur le circuit américain et fut entraîné par Lord Littlebrook, un « grand parmi les petits », si je peux me permettre cette formulation. Il est ce soir en équipe avec Little Johnny, sur lequel j’ai peu à renseigner. Face à eux, un tandem formé de Little Louis, et de Bobo Johnson, également connus du circuit américain. Ce match a la particularité de se dérouler sous les règles du 2 Out of 3 Falls, ce qui devrait garantir quelques moments sympathiques !

L’arbitre se fait déjà titiller de tous les côtés alors qu’il prend les habituelles précautions d’avant-match. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour celui-ci se fasse surmener et rouler au tapis, les quatre participants redoublant d’ingéniosité pour des spots de « Comedy Wrestling ». On observe quelques dissensions entre Billy et Johnny, le tout porté à l’écran de manière comique. Une jolie Magistrale est à l’origine du premier tombé, donnant l’avantage à Bobo et Louis (1-0). On passe à quelque chose de plus sérieux, avec une série de surpassements. Un coup manqué met cette fois-ci le doute entre Louis et Johnson ! Johnny est mis en difficulté devant un public hilare et se fait envoyer en Slingshot dans son partenaire qui ne s’en relève pas (2-0). Cela permet à Bobo et à Louis de remporter le match, à deux manches contre zéro, au terme d’un match particulièrement divertissant.


MATCH 7 : WORLD WIDE WRESTLING FEDERATION TITLE MATCH : « SUPERSTAR » BILLY GRAHAM VS BRUNO SAMMARTINO © (17:55)

VAINQUEUR : BRUNO SAMMARTINO

PRISE DE FINITION : DÉCISION DE L’ARBITRE

INDICATEUR : *** ¾


L’attraction de la soirée. Bien que nous n’ayons pas accès aux entrées des différents protagonistes, on ne peut qu’imaginer l’ambiance au sein du Madison Square Garden. On ne peut qu’entendre les huées, lorsque Graham a rejoint le ring, où encore l’écho de ces chants incessants « Bruno ! Bruno ! Bruno ! » On ne peut qu’être admiratif de l’aura divine d’un Bruno Sammartino au sommet du monde. Ce soir, la ceinture de l’italien était remise en jeu dans ce qui s’annonçait d’ores et déjà comme la revanche du siècle.

Bruno Sammartino

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved

On commence fort avec une lourde projection dans le coin ! Meurtri, Sammartino est longuement retenu, maintenu, bras tirés en arrière par Graham. Tant bien que mal, Bruno s’en sort et retourne la prise, le public exulte alors ! Un surpassement envoie Graham s’écraser au tapis alors que le Garden est en ébullition. Plus frais, Graham revient et s’en prend aux fondations du Champion, allant jusqu’à lui écraser le genou dans le poteau. Un coup de pied envoie Graham dans les cordes et Sammartino lui administre le même traitement ! Le Champion se sort rapidement d’une tentative de prise de l’ours, mais ne peut se sortir aussi aisément d’un Full Nelson de son challenger. La sueur coule sur le visage de Sammartino qui se retrouve cadenassé dans les immenses biceps de Graham. À la force des tripes, Sammartino s’en dégage et inverse la tendance ! Esquivant une descente du coude, Bruno l’envoie sur le tablier et lui éclate le crâne contre l’armature métallique du coin. Ouvert au niveau du front, Graham est groggy alors que Sammartino se lâche et envoie de gros coups de poing. En sang, Graham répond coup pour coup dans un sursaut d’adrénaline et l’arbitre est impuissant. Ils ne s’arrêtent plus et l’officiel doit alors mettre un terme à la rencontre, faisant sonner la cloche. Rouge de sang, Graham s’indigne alors que Sammartino est proclamé victorieux, devant une foule absolument conquise et envoyant un dernier coup à son adversaire déchu. Sammartino repart donc triomphant en direction des vestiaires sous une standing ovation. Quelle ambiance  et quel match !


MATCH 8 : BARON MIKEL SCICLUNA VS « IRISH » PAT BARRETT (06:44)

VAINQUEUR : BARON MIKEL SCICLUNA

PRISE DE FINITION : PROJECTION TÊTE PREMIÈRE DANS L’UN DES COINS

INDICATEUR : * ¼


Affublé des armoiries de l’île de Malte, Baron Mikel Scicluna arbore un faciès imperceptible, son regard froid et cruel glaçant le sang de la foule. Il affronte ce soir Pat Barrett, surnommé « l’irlandais » en raison de sa provenance natale. Ancien adversaire de Sammartino pour sa ceinture, Barrett fut toutefois détenteur de la moitié des ceintures par équipe avec Dominic DeNucci lors de son parcours aux États-Unis. Il est également célèbre en Irlande et au Royaume-Uni.

Alors que Barrett n’avait même pas eu le temps de retirer son blouson, Scicluna s’est jeté sur lui en le martelant de coups. Avec l’avantage de la surprise, le maltais domine une partie de la rencontre, jusqu’à ce que Barrett revienne. Scicluna maintenant en difficulté, c’est l’irlandais qui semble avoir retrouvé du poil de la bête. Trop peu toutefois, puisqu’à l’issue d’un contre, ce dernier est envoyé tête première dans le coin et ne se relève pas d’un tombé. Scicluna s’arroge donc une victoire sous les huées du Garden.


– L’annonceur Buddy Wagner nous fait découvrir la carte du prochain programme à se tenir au Garden. Parmi les têtes d’affiche, on retrouve une défense de titre féminin, au crédit de Fabulous Moolah. Le public de New York aura également droit à un combat par équipe entre Cerdan et Parisi qui remettront leurs ceintures en jeu. Le clou du spectacle sera cet affrontement entre Ernie Ladd et le Champion du Monde, Bruno Sammartino.


MATCH 9 : 2 OUT OF 3 FALLS MATCH : TONY PARISI & BOBO BRAZIL VS CRUSHER BLACKWELL & BUGSY MCGRAW (11:34)

VAINQUEURS : TONY PARISI & BOBO BRAZIL (2-0)

PRISE DE FINITION : DIVING SEATED SENTON

INDICATEUR : **


Apparemment resté coincé à l’aéroport de Montréal, Louis Cerdan n’a pu se rendre à New York pour ce programme. Son partenaire Tony Parisi fait ce soir équipe avec un farouche remplaçant en la personne du populaire Bobo Brazil ! Ensemble, ce tandem se mesure au redoutable duo composé de Bugsy McGraw et de Crusher Blackwell, plus connu sous l’égide de la AWA où il s’est notamment opposé à Bruiser Brody ou encore face à un certain… Hulk Hogan.

Plus tout jeune, Brazil n’en reste pas moins un féroce compétiteur, et joue avec les nerfs de Crusher. En dépit du caractère « imprévu » de l’équipe, Parisi et Brazil s’en sortent admirablement bien, nous faisant l’éloge d’un bon catch à deux. McGraw et Crusher parviennent à un temps à isoler « Big Bobo » de son partenaire, le retenant bloqué dans un coin. Utilisant la cordelette blanche pour étrangler Brazil, McGraw se fait instantanément disqualifier, offrant le point aux chouchous du public (1-0). Dès lors, Brazil se lâche avec ses Coco Butts et fait entrer Parisi. À deux, ils portent un double surpassement sur l’imposant Blackwell. Chaud bouillant, Parisi assène un enfourchement à son lourd adversaire avant de réaliser un nouveau tombé grâce à un Diving Seated Senton, porté du haut des cordes (2-0).


Bien que l’intérêt principal de la soirée puisse se résumer à une seule et unique affiche, ce programme fut divertissant à bien des égards. Une partie des matches proposés peut être vue comme quelque peu aléatoire, en ayant toutefois le mérite de proposer des fins cohérentes. On peut noter l’engouement à l’égard des nains, qui parvenaient alors à proposer un spectacle inédit à un public visiblement friand de ce genre de divertissement, plus sensible qu’aujourd’hui au caractère « Freak Show » de ce type d’attraction. Le milieu de carte se révèle intéressant, les performances de Ivan Putski et de Ernie Ladd sont parmi les plus sympathiques. Quand au Main Event, on retrouve ce schéma type de match construit pour faire réagir le public, offrant une fin mouvementée et une victoire des gentils, symbolisés par le personnage de Bobo Brazil. La revanche du siècle s’annonçait grandiose et c’est peu dire. Graham et Sammartino auront offert une performance unique, un déluge d’émotions en tous genres, mêlant admiration du héros et rejet du personnage honni, détesté. En sang, Graham se sera vu refuser la victoire et par conséquent le titre de Champion du Monde. Toutefois, c’est grâce à ce genre de combats que « Superstar » s’est progressivement élevé vers les cimes de cette promotion, alors que pour un temps encore, Sammartino règne en maître absolu.

Nathan Maingneur

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