WORLD WRESTLING FEDERATION
MADISON SQUARE GARDEN #15
06/04/1981

Madison Square Garden
« The World’s Most Famous Arena ». Le Madison Square Garden de New York City est considéré à juste titre comme le temple du catch professionnel et tout particulièrement pour la promotion de Vincent J. McMahon, géographiquement implantée sur ce territoire depuis 1963 et la fondation de Capitol Wrestling Corporation.
L’inégalable Howard Finkel nous accueille avec son timbre de voix inimitable et procède aux présentations en utilisant son célèbre microphone.
Ce programme produit et réalisé par la WWF n’a pas été enregistré dans son intégralité et nous raterons donc les combats suivants : The Great Yatsu a battu Terry Gunn, Killer Khan est venu à bout de Dominic DeNucci, Mil Mascaras s’est imposé face à Moondog King, S.D Jones a encore affronté le Baron Mikel Scicluna et le tandem formé par Leilani Kai & The Fabulous Moolah ont vaincu Jill Fontaine & Suzette Ferreira, une rencontre qui sera également proposée lors d’un épisode de Championship Wrestling.
L’entrée dans les eighties verra la naissance de plusieurs formations qui ont changé la face du heavy rock, avec l’apparition du trash/speed metal californien au début des années 1980. Au sein des rangs de ce qui sera plus tard reconnu comme le « Big Four » (Metallica, Slayer, Megadeth et Anthrax) l’un de ces quatre groupes n’est pas originaire de la Bay Area mais de New York City. Il s’agit d’Anthrax, formé en 1981 par les guitaristes Scott Ian et Danny Lilker. Et à la différence des trois autres formations, Anthrax sera l’un des rares groupes de heavy metal à être bien accueilli par la presse spécialisée de cette période.

Anthrax
MATCH 1 : INTERCONTINENTAL TITLE MATCH : PEDRO MORALES © VS MOONDOG REX W/«CPT.» LOU ALBANO (09:33)
VAINQUEUR : PEDRO MORALES
PRISE DE FINITION : PETIT PAQUET
INDICATEUR : **
Sur le ring, l’un des Moondogs se tient aux aguets alors que sacré Lou Albano n’en peut plus des sifflets de la foule. Albano est chahuté comme jamais et harangue de plus belle l’adversaire de l’un de ses toutous. Celui-ci n’est autre que Pedro Morales, actuel Champion Intercontinental et grosse tête d’affiche. Encore et toujours considérablement populaire, Morales surfe sur la vague de son succès acquis entre 1971 et 1973 en tant que Champion du monde poids-lourds mais également fier représentant de la communauté Latino de New York City. La ceinture de Morales est en jeu et le fut tout récemment face à Moondog King, le partenaire de Rex au sein des Moondogs.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated
La cloche sonne, et l’excentrique Albano est sommé de plier bagage. Rex en profite et cadenasse alors Pedro avec un Side Headlock. Le portoricain subit ensuite une élongation du bras, longuement gardée par la moitié des Champions Tag Team. L’intérêt de cette manœuvre est d’affaiblir le bras gauche de Pedro qui est gaucher. Le Champion est impuissant et se laisse mener par l’horrible Moondog, sifflé et conspué. En réalité, Morales prépare son comeback et s’apprête à réveiller le public du Garden. Pedro subit encore et encore mais lorsque le « Puertorican Fire » s’empare de lui, la foule toute entière l’accompagne. Morales charge ses coups de poing et sèche complètement ce pauvre Moondog Rex avec d’énormes gauches. Contrant une projection dans les cordes, Morales l’enroule en petit paquet et l’emporte au compte de trois. Pedro Morales conserve donc son titre et déclenche au passage une magnifique réaction de la foule du Madison Square Garden.
MATCH 2 : PAT PATTERSON VS SGT. SLAUGHTER W/THE GRAND WIZARD OF WRESTLING (13:36)
VAINQUEUR : AUCUN
PRISE DE FINITION : DOUBLE DQ
INDICATEUR : ****
L’atmosphère est totalement électrique. Haï pour son personnage caricatural – et de surcroît après ce segment qui eut lieu à Championship Wrestling et lors duquel Patterson fut violemment agressé par le sergent dans le cadre de son Cobra Clutch Challenge. Le Sgt. Slaughter effectue son entrée au Madison Square Garden sous les sifflets du public et en compagnie d’un Grand Wizard of Wrestling qui insulte les spectateurs. Patterson a lacé ses bottes une fois de plus et trépigne d’impatience à l’idée de rendre la monnaie de sa pièce au sergent. La cloche sonne et c’est parti !

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved
Fidèle à lui-même, Slaughter agit comme un couard et se montre réticent à l’idée d’engager le combat. Il se réfugie alors plusieurs fois en dehors du ring. La tension monte et Pat Patterson est chaud comme la braise. Le Sgt. Slaughter joue à merveille sur cette frustration afin que le premier coup du québécois résonne comme un coup de tonnerre. Et ça ne manque pas ! Le sergent lui fonce dans le dos, Patterson se retourne et lui décoche une droite en pleine face. Gonflé à bloc d’une haine couplée à un immuable désir de vengeance, Patterson se déchaîne et lui éclate le crâne dans le coin, l’envoyant tête première contre le sommet du poteau. Disposant pourtant d’un gros gabarit, Slaughter n’a pas peur de donner de sa personne et rebondit d’un bout à l’autre du ring pour ajouter de l’intensité au catch du Champion Intercontinental inaugural. Lourdement envoyé en dehors du ring, Patterson doit reprendre ses esprits tandis que Slaughter le toise avec mépris et insistance. Il lui écrase ensuite le crâne contre le poteau – un choc d’une brutalité inouïe. Le sergent peut alors s’attirer les foudres du public et jouer avec la haine de la foule à son égard. Lorsque Patterson remonte enfin sur le ring, le catch est mis au placard au profit d’une bagarre rangée. Ils se mordent, ils se griffent et sont prêts à se tuer. L’arbitre Jack Lutz peine à maintenir l’ordre et finit bousculé par Patterson, puis par le sergent. Ils n’arrêtent pas de se battre pour autant et soudain, comme si c’était la seule chose sur laquelle ils étaient d’accord, Slaughter et Patterson éjectent l’officiel en contrebas. Un coup bas permet ensuite au sergent de placer son redoutable Cobra Clutch sur Patterson. L’instant est décisif et la foule donne tout pour que Patterson s’en sorte. L’arbitre remonte tant bien que mal entre les cordes et ne pouvant faire entendre son autorité, choisit de faire sonner la cloche, signant l’arrêt de cette rencontre survoltée. Sgt. Slaughter repart en direction des vestiaires sous les sifflets tandis que Patterson laisse retomber la tension. Finkel annonce qu’il s’agit d’une double disqualification et Patterson fulmine, rouge de colère en conséquence de cette décision pour le moins frustrante. L’histoire est loin d’être terminée pour autant et culminera dans ce Alley Fight aussi légendaire que sanglant.
MATCH 3 : WORLD WRESTLING FEDERATION TITLE MATCH : STEEL CAGE MATCH : BOB BACKLUND © W/ARNOLD SKAALAND VS STAN HANSEN (08:59)
VAINQUEUR : BOB BACKLUND
PRISE DE FINITION : SORTIE PAR LA PORTE DE LA CAGE
INDICATEUR : **** ½
C’est l’attraction principale de la soirée. La cage composée de grillage métallique est descendue et Howard Finkel nous précise les règles de la rencontre. Stan Hansen effectue son entrée et quel superbe plan caméra se focalisant sur l’arrivée du challenger. On aperçoit alors la silhouette de Vincent J. McMahon, co-fondateur et président de la promotion de 1963 à sa mort en 1984. Il est important de préciser qu’il s’agit du père de Vince McMahon – alors âgé de 35 ans en 1981. Accueilli en héros populaire, Bob Backlund rejoint le ring escorté par la police de New York City et par son manager Arnold Skaaland, ancien chaperon de Bruno Sammartino.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated
Hansen beugle comme un sauvage et Backlund ne perd pas une seconde, fonçant tête baissée sous les coups du hors-la-loi de Borger au Texas. Son trop plein de haine lui fait toutefois défaut en ce début de rencontre, Backlund réussissant à inverser la tendance en l’envoyant plusieurs fois contre l’impitoyable paroi de la cage. Hansen cogne très fort et le Champion plie, sans pour autant apparaître en danger. Ouvert au front par un choc contre la cage, Hansen saigne et Backlund se transforme alors en un tout autre personnage. D’habitude cantonné à son bagage de lutteur amateur, Backlund est ici vicieux et brutal, râpant le front de son challenger contre le grillage et déclenchant des réactions à la fois apeurées et fascinées dans le public. Hansen manque à plusieurs reprises de s’échapper, que ce soit par le sommet de la cage ou par la porte. Le Champion tient à son or et fait tout en son pouvoir pour l’en empêcher, n’hésitant pas à cogner très fort sur le crâne du cowboy. Debout sur la troisième corde à la suite d’un échange de coups au sommet, Hansen est tiré vers le bas et finit tête première dans le coin. Backlund le toise alors et entame sa sortie, passant lui par la porte de la cage pour remporter ce combat et conserver sa ceinture. Le public du Madison Square Garden entre alors en éruption alors que le toujours Champion repart immédiatement en direction des vestiaires. Hansen est livide et hurle sa rage. L’image est incroyablement saisissant et bénéficie d’une excellente réalisation ainsi que de magnifiques plans caméra.
MATCH 4 : « PRETTY BOY » LARRY SHARPE & « THE UNPREDICTABLE » JOHNNY RODZ VS TONY GAREA & RICK MARTEL (07:38)
VAINQUEURS : TONY GAREA & RICK MARTEL
PRISE DE FINITION : PETIT PAQUET
INDICATEUR : **
On termine ce programme avec un match à quatre. L’affiche n’est pas déplaisante et l’on retrouve « Pretty Boy » Larry Sharpe ce soir associé à « The Unpredictable » Johnny Rodz. Ils se mesurent aux anciens titulaires des ceintures de Champions Tag Team que sont Tony Garea et Rick Martel. Laissant échapper leurs titres face aux Moondogs lors d’une récente édition de Championship Wrestling, Martel et Garea n’ont toutefois rien perdu de leur superbe.
Martel a fort affaire avec l’expérimenté tandem de heels que forment Sharpe et Rodz. Ces derniers effectuent un remarquable boulot de heels mais cela n’empêche pas Martel de reprendre ses esprits. Un tag avec Garea remet les pendules à l’heure et celui-ci peut alors s’imposer grâce à son expérience entre les cordes. Toutefois, la ruse et la rudesse des heels ont raison de Garea, qui refait entrer le québécois. Les anciens Champions sont mis en déroute – notamment Martel qui termine couché par un sale coup de genou dans l’abdomen porté par Johnny Rodz. Garea essuie à nouveau les plâtres et les sales coups de Rodz mais en passant sous ses jambes, le néo-zélandais parvient à passer le relais à Martel. Celui-ci est chaud bouillant et fait le ménage, porté par le soutien de la foule du Garden. Ils font preuve d’un solide catch en Tag et se débarrassent du « Pretty Boy ». Au sol, Rodz est alors enroulé en petit paquet et n’en dégagera pas, offrant la victoire aux anciens Champions.
Se voyant réaménagé et écourté, ce programme d’une heure à peine peut être considéré comme une solide exhibition du produit WWF en ce début d’année 1981. La dernière fois que nous nous retrouvions dans cette mythique arène, Bruno Sammartino corrigeait Larry Zbyszko tandis que Pat Patterson s’associait avec André le Géant. En clôture de ce programme, Tony Garea et Rick Martel catchaient face à un tandem de heels. Bien que très sympathique, l’affiche aurait mérité un peu plus de piment. Après une victoire face à King, Pedro Morales défendait ce soir sa ceinture face à Rex, l’autre protégé d’Albano et moitié des Champions Tag Team depuis quelques jours désormais. Sans cesse provoqué et défié par de nombreux challengers, Bob Backlund bouclait ce soir sa rivalité face à Stan Hansen. Et à cet égard, la cage d’acier fut à nouveau synonyme de conclusion. Au terme d’un combat aussi haletant que sanglant, Backlund put tirer son épingle du jeu et conserver sa ceinture. Hansen n’a pas à rougir de sa performance tant elle fut mature et digne du calibre d’un Champion du monde. Insulté et provoqué de longues semaines par le Sgt. Slaughter, Pat Patterson a d’abord essayé de résister à la tentation. Mais agressé lors d’une édition du Cobra Clutch Challenge, le québécois en ressortit certes meurtri, mais empli d’une fureur vengeresse. Le premier face-à-face eut donc lieu sur le ring de l’arène la plus célèbre du monde. Bouillonnant, Patterson déversa toute sa rage sur un Slaughter qui maîtrise à la perfection son rôle de sale type. Se terminant par une double disqualification, le résultat peut paraître frustrant à premier vue mais c’est sans doute toute l’idée. Le point culminant de cette rivalité viscérale se concrétisera en effet sous la forme d’un Alley Fight, considéré à juste titre comme l’un des matches les plus violents et sanglants de l’histoire de la World Wrestling Federation – et comme un classique du genre.
Nathan Maingneur