WORLD WRESTLING FEDERATION – SPECTRUM #01

WORLD WRESTLING FEDERATION

PHILADELPHIA SPECTRUM #01

25/03/1978

Philadelphia Spectrum

Philadelphia Spectrum

On braque souvent les projecteurs sur le Madison Square Garden de New York City, considéré (et à juste titre) comme la Mecque du catch nord-américain. Toutefois, d’autres arènes en Amérique du Nord portent le même prestige et ont accueilli nombre d’affrontements mythiques. C’est le cas du Sportatorium de Dallas, mais aussi du Boston Garden ou encore du Spectrum de Philadelphie en Pennsylvanie.

Ce programme n’a pas été enregistré dans son intégralité. Parmi les matches qui ont été oubliés : Joe Turco a battu Pete Reeves, Gypsy Rodriguez s’est imposé contre Pete Austin, Dominic DeNucci a gagné par décompte à l’extérieur contre Davey O’Hannon, Chief Jay Strongbow & Peter Maivia ont vaincu le tandem composé du Baron Scicluna & de Stan Stasiak et Gorilla Monsoon a vaincu The Golden Terror. 

Un tout jeune Gary Michael Cappetta s’occupe des présentations. Vince McMahon commente ce programme en compagnie de Dick Graham, également voix du programme Spectrum Wrestling sur PRISM Network. On commence d’emblée avec un match de Championnat.

Un mois plus tôt – et en pleine explosion du punk rock – le hard rock pépérisant allait se prendre une claque de la part d’un petit groupe californien qui allait lui donner un sacré coup de fouet. Le heavy rock n’a alors plus  grand chose d’excitant à proposer jusqu’à ce que le combo de Pasadena en Californie viennent changer tout ça. En plus du talent du chanteur David Lee Roth et les capacités d’Alex Van Halen à la batterie, c’est surtout la révélation du guitariste Eddie Van Halen qui révolutionne les solos et nous crache des riffs tous plus puissants les uns que les autres. Avec entre autres une reprise électrique de You Really Got Me des Kinks, c’est bien le morceau Eruption qui fera sensation avec son solo de guitare légendaire.

Van Halen

Van Halen


MATCH 1 : WORLD WIDE WRESTLING FEDERATION HEAVYWEIGHT TITLE MATCH : BOB BACKLUND © W/ARNOLD SKAALAND VS SPIROS ARION (16:28)

VAINQUEUR : AUCUN

PRISE DE FINITION : DOUBLE DISQUALIFICATION

INDICATEUR : *** ½


Le Champion du monde ouvre les hostilités. En compagnie du « Golden Boy » Arnold Skaaland, Bob Backlund arbore fièrement sa nouvelle ceinture et sautille à l’idée d’en découdre. Un mois seulement après sa victoire contre « Superstar » Billy Graham au Madison Square Garden, celui qu’on surnomme « The All American Boy » remettait ce soir son titre en jeu face à un redoutable compétiteur, en la personne de Spiros Arion, catcheur d’origine gréco-égyptienne. 

Bob Backlund & Harley Race

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated

Backlund porte encore les traces de son fructueux passé en lutte amateur et s’accroche fermement à la taille d’Arion pour l’emmener au tapis. Le grec s’en dégage et doit reprendre son souffle en dehors du ring. Un test de force fait ployer Backlund qui plie mais ne rompt pas. Fin technicien, Backlund se saisit de la jambe d’Arion et l’emmène dans une longue et douloureuse élongation, impliquant le public de Philadelphie. Arion s’en sort et retire ensuite intelligemment la protection de l’un des coins pour envoyer Backlund s’écraser tête première dans ce coin dénudé. En difficulté, le Champion subit un Gutbuster un peu improvisé mais porté avec autorité. Arion le hisse ensuite sur ses épaules pour son Greek Backbreaker et on croit que c’est déjà la fin du règne de Backlund. Et pourtant, celui-ci retombe sur ses pieds grâce à un habile mouvement de balance et pilonne les vertèbres d’Arion avec un superbe Piledriver. Cette fois-ci, c’est au tour de Backlund de hisser Arion, ce sera un Reversed Atomic Drop ! Mais Arion rebondit contre l’arbitre Dick Woehrle qui termine au sol. Il n’y a personne pour réaliser le compte de trois et on peut lire la frustration sur le visage du Champion. Désormais sans officiel, Arion et Backlund se battent comme des chiffonniers et Chief Jay Strongbow et Peter Maivia seront obligés de s’interposer. L’arbitre Willie Weber fait sonner la cloche et décrète une double disqualification. On est en droit de penser que Backlund aurait du ressortir la tête haute de sa première défense majeure. Les deux hommes ont cependant offert une performance éclectique et auront sans doute droit à un re-match qu’on attends de pied ferme.


MATCH 2 : KEN PATERA VS BRUNO SAMMARTINO W/ARNOLD SKAALAND (16:24)

VAINQUEUR : AUCUN

PRISE DE FINITION : DOUBLE COUNT-OUT

INDICATEUR : ** ¾


Ancien culturiste et haltérophile d’envergure olympique, Ken Patera est titulaire d’une médaille d’or aux Pan American Games de 1971 et d’une deuxième place aux World Weightlifting Championships de cette même année. Patera rencontrait ce soir l’illustre Bruno Sammartino, figure phare des années 1970, un peu en retrait depuis qu’il a perdu son dernier championnat mais qui continue de susciter d’immenses réactions partout où il se rends. L’italien effectue ainsi son entrée au Spectrum de Philadelphie, adulé comme un Dieu de l’Olympe et accompagné par le « Golden Boy » Arnold Skaaland, son manager de toujours.

Bruno Sammartino

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved

Patera n’attends pas le son de la cloche et se jette sur Sammartino, le piétinant vulgairement sous les sifflets d’une foule révoltée par cette outrance quasi blasphématoire. Tel un vieux lion, Sammartino se défends mais reste toutefois sur la défensive, ne parvenant pas à prendre les rennes du match. On est sur un vrai combat à proprement parler et Sammartino nous prouve encore une fois qu’il possède l’âme d’un guerrier, répondant coup pour coup et séchant Patera avec de gros coups de genou. L’ancien haltérophile embarque Bruno dans une prise de l’ours et même si c’est le sacro-saint Sammartino, on voit que l’italien souffre car Patera est une force de la nature. L’italien s’en démène – non sans difficulté – et se fait ensuite étrangler dans les cordes. Patera repart pour une prise de l’ours et la situation tourne alors au cauchemar pour Bruno. Il s’en sort héroïquement et hisse Patera dans sa propre Bearhug mais épuisé, ne peut réellement tenir la prise. Envoyé en dehors du ring, Patera finit sa course dans le poteau. Il se prends ensuite une chaise rembourrée de plein fouet, envoyée avec force par l’italien. L’arbitre ne disqualifie pas Bruno mais finira par effectuer un double décompte. Bruno et Patera n’en ont pas terminé pour autant et ont toujours envie d’en découdre. Mais dans un acte de lâcheté caractéristique, Ken Patera s’en va et repart aux vestiaires alors que Sammartino ressort la tête haute de cette grosse bagarre. 


MATCH 3 : NIKOLAÏ VOLKOFF VS HAYSTACKS CALHOUN (02:39)

VAINQUEUR : HAYSTACKS CALHOUN

PRISE DE FINITION : BIG SPLASH

INDICATEUR : * ½


Toujours présenté avec l’image d’un soviétique détesté du public nord-américain, Nikolaï Volkoff est toutefois dans une condition physique irréprochable. Le yougoslave se mesurait ce soir au gargantuesque Haystacks Calhoun, vêtu d’une salopette en blue jeans. Calhoun a grandi dans une ferme à McKinney au Texas et pesait déjà près de 140kg à l’âge de 14 ans. Sa routine : une douzaine d’œufs pour le petit-déjeuner. À son sommet, Calhoun pèsera pas moins de 270kg. La légende veut qu’il ait été repéré par un promoteur itinérant alors qu’il déplaçait des vaches dans son champ. Il commença sa carrière dans le catch en 1955 pour le compte d’Orville Brown, promoteur de Kansas City dans le Missouri. 

Haystacks Calhoun fighting

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated

Volkoff profite de sa puissance et cogne sur Calhoun qui est obligé de reculer dans l’un des coins. Sur une simple projection dans les cordes, Volkoff se heurte toutefois au véritable mur qu’est le gigantesque Calhoun et réalise l’ampleur de son défi du soir. Emporté par son élan, Volkoff s’écrase dans l’un des coins et retombe, seulement pour disparaître sous un immense Splash du légendaire Haystacks Calhoun.


Enregistré au Spectrum de Philadelphie, ce programme estampillé World Wide Wrestling Federation de mars 1978 proposait deux affiches fort intéressantes. Ayant déjà croisé le fer et notamment sur la plus grande scène de toutes – au Madison Square Garden – Ken Patera et Bruno Sammartino ont remis le couvert en s’écharpant lors d’une grosse bagarre entre deux des hommes les plus robustes de cette période. On reste peut-être sur notre faim quant à ce double décompte, alors que Sammartino apparaît de plus en plus en retrait. Pourtant, c’est toujours un immense plaisir que d’assister aux combats de la légende vivante, figure incontournable et intemporelle du catch nord-américain. L’attraction principale résidait dans cette première défense importante d’un Bob Backlund au début de son règne de 5 ans. Construit depuis quelques temps comme un prétendant légitime au titre suprême, Spiros Arion ne sera pas parvenu à l’emporter, le match se terminant sur un match nul. Attention toutefois, un re-match est fortement attendu et devrait jouir d’une tout aussi bonne exposition. Pour l’heure, contentons-nous de ce grand match de catch qui fut proposé ce soir-là au Spectrum de Philly.

Nathan Maingneur

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