WORLD WRESTLING FEDERATION
MADISON SQUARE GARDEN #10
24/10/1977

Madison Square Garden
Vince McMahon Jr. nous retrouve aux abords du ring du Madison Square Garden, mythique salle de spectacle de New York City dont le prestige est déjà largement ancré dans la culture populaire occidentale.
« Superstar » Billy Graham règne toujours en maître sur la World Wide Wrestling Federation alors que l’espoir que Bruno Sammartino ne récupère un jour son titre s’amaincit progressivement. Nous aurons ce soir droit à une revanche opposant le Champion du monde poids-lourds à « The American Dream » Dusty Rhodes lors d’un Texas Deathmatch qui s’annonce d’ores et déjà électrique.
Trois jours après l’enregistrement de ce programme, le Royaume-Uni sera secoué par la sortie d’un album qui cassera tous les codes du pouvoir en place. Johnny Rotten hurle en effet sa rage contre l’establishment et la couronne dans Never Mind the Bollocks : Here’s the Sex Pistols. Malgré les indignations et les interdictions de vente que subit le groupe, l’album est un succès critique et commercial et sera considéré comme précurseur de la musique punk rock mais aussi comme l’un des éléments du mouvement punk en Angleterre, vantant les mérites de l’anticonformisme et l’émergence des contre-cultures.

Sex Pistols
MATCH 1 : JOHNNY RODZ VS LARRY ZBYSZKO (09:29)
VAINQUEUR : LARRY ZBYSZKO
PRISE DE FINITION : PETIT PAQUET
INDICATEUR : ** ½
Jouant à domicile, celui qu’on surnomme « Unpredictable » Johnny Rodz est pourtant sifflé, le public étant au fait de son caractère farouche. Son adversaire, alors sous la tutelle d’un certain Bruno Sammartino, est annoncé en tant que « The Polish Prince », surnom attribué par l’annonceur à Larry Zbyszko.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestlin Illustrated
Ils se tourne un peu autour et des droites et des gauches fusent dans le vent – un peu à la manière d’un match de boxe. Un premier contact voit Rodz se sortir d’un Wristlock et écraser le visage de Zbyszko dans le coin. Ce dernier rétorque avec énergie et se lâche sur Rodz en le martelant de coups de poing. Johnny revient et utilise les cordes pour donner plus d’impact à ses coups. Un Splash ne suffit pas et Zbyszko se retire in-extremis d’un autre écrasement, laissant Rodz retomber à plat ventre au tapis. Sur une projection, le jeune prodige parvient à l’enrouler dans un petit paquet pour le compte de trois, au terme d’un combat d’ouverture plutôt correct dans son ensemble.
MATCH 2 : « PRETTY BOY » LARRY SHARPE VS JOHNNY RIVERA (10:22)
VAINQUEUR : LARRY SHARPE
PRISE DE FINITION : VERTICAL SUPLEX
INDICATEUR : ½ *
Affublé d’une ridicule combinaison rose pâle et jetant des fleurs dans le public, le « Pretty Boy » Larry Sharpe se présente au Madison Square Garden sous les sifflets de la foule. Le catcheur du New Jersey se mesurait ce soir au portoricain Johnny Rivera qui lui renvoie l’une de ses fleurs au visage.
On commence par une sorte d’affrontement technique, chacun usant de sa Wristlock où de son Hammerlock. Le rythme du match – s’il y en avait un – en prend un sacré coup. Chaque tentative d’un Rivera habituellement plutôt agile est instantanément tuée par Sharpe qui le maintient au sol de longues minutes. De très longues minutes qui semblent être une éternité et même si on relève ici et là quelques vaines tentatives de Rivera pour se redonner du poil de la bête – dont une se soldant par un écrasement plus que brouillon de Sharpe – on s’ennuie à mourir. « Pretty Boy » esquive un saut chassé de Rivera et lui assène une Front Suplex (encore une fois peu esthétique) qui lui permet enfin de l’emporter et de conclure ce mauvais match.
MATCH 3 : « BUTCHER » PAUL VACHON VS LENNY HURST (05:59)
VAINQUEUR : PAUL VACHON
PRISE DE FINITION : HANGMAN’S NOOSE
INDICATEUR : * ¼
Frangin de Maurice « Mad Dog » et de Vivian Vachon, Paul Vachon signe apparemment son retour au Madison Square Garden. Ce véritable roublard et vétéran des rings canadiens se mesure ce soir au jeune et bondissant Lenny Hurst, compétiteur d’origine jamaïcaine qui se tient vaillamment sur le ring.
Celui qu’on surnomme « Le Boucher » y va de ses lourdes claques portées à l’ancienne. Vachon ne lésine pas sur ses habituelles tactiques de « salaud » (terme utilisé par Roland Barthes pour désigner le sale type dans le catch). Morsures, griffures et étranglements, tout y passe et plus encore. Hurst s’en sort et – chaud bouillant – envoie Vachon au tapis avec une planchette japonaise. Lucide, Vachon a toutefois la jugeote d’appliquer son Hangman’s Noose, une redoutable prise de soumission mi-étranglement à Hurst, qui n’a d’autre choix que de jeter l’éponge instantanément. Sourire aux lèvres, Vachon quitte l’arène en scandant « 1…2…3… Vachon ! »
MATCH 4 : LEILANI KAI & KITTY ADAMS VS LITTLE HEART & VIVIAN ST. JOHN (10:43)
VAINQUEURS : LEILANI KAI & KITTY ADAMS
PRISE DE FINITION : DOUBLE SIDE SLAM
INDICATEUR : * ¾
Nous sommes en droit de nous interroger sur le sort de ces catcheuses et sur la place qu’elles occupent sur la carte d’un tel programme. Ce sont là les prémices d’un phénomène qui mit du temps à s’affirmer pour que de nos jours, le catch féminin connaisse son âge d’or dans les meilleures structures du monde. Entraînée par The Fabulous Moolah (qui a probablement entraîné toutes les catcheuses de l’époque), Leilani Kai effectue ici ses débuts au Garden. Elle prendra plus tard part au WrestleMania inaugural en 1985, dans cette même arène. Sa partenaire se nomme Kitty Adams, catcheuse visiblement expérimentée sur laquelle j’ai trouvé peu de choses. Leurs adversaires forment un tandem composé de Little Heart – qui affiche une gimmick similaire à celles d’un Chief Jay Strongbow ou d’un Wahoo McDaniel, ainsi que de Vivian St. John, lutteuse du circuit américain des années 1970.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved
Cette dernière – que Vince confond une grande partie de la rencontre avec Vivian Vachon (sans doute encore sous le coup du match précédent) – subit les étranglements incessants de ses vicieuses adversaires alors qu’un arbitre impuissant ne parvient pas à se faire entendre. Intenable, Kai refuse souvent de combattre, laissant sa partenaire s’occuper de St. John. Les choses changent lorsque Little Heart entre sur le ring pleine d’énergie en entamant sa danse rituelle à la manière d’un Chief Jay Strongbow ! Elle sera toutefois sournoisement prise à partie par Kitty et Kai et succombe malheureusement à un Double Body Slam. L’arbitre octroie donc la victoire à Kai et à sa partenaire au terme d’un combat encore relativement brouillon mais tellement intéressant quant à l’évolution du catch féminin.
MATCH 5 : WORLD WIDE WRESTLING FEDERATION TITLE MATCH : TEXAS DEATHMATCH : DUSTY RHODES VS « SUPERSTAR » BILLY GRAHAM © W/GRAND WIZARD OF WRESTLING (10:12)
VAINQUEUR : « SUPERSTAR » BILLY GRAHAM
PRISE DE FINITION : COLLISION
INDICATEUR : ***
La foule du Madison Square Garden se lève à l’unisson pour accueillir « The American Dream » Dusty Rhodes, figure extrêmement populaire et ce soir plus énergique que jamais ! « Dream » est remonté à bloc et se tient à la manière d’un Muhammed Ali, envoyant des droites et des gauches en attendant son adversaire. Après avoir envoyé son béret dans le public, Dusty déclare dans le microphone de McMahon : « I am the Hit Maker… the Record Breaker » et compte bien arracher l’or des hanches de son antagoniste. « Superstar » Billy Graham se présente sous une pluie de sifflets, accompagné de son diabolique manager, en la personne du Grand Wizard of Wrestling. Graham remet sa ceinture de Champion du monde poids-lourds en jeu dans des circonstances particulières : ce sera un Texas Deathmatch où tout est permis !

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved
Ayant à peine eu le temps de retirer son t-shirt, Graham subit les foudres de son challenger et se fait envoyer en dehors du ring comme un malpropre. Dusty le cueille ensuite avec une série de Bionic Elbows et l’envoie de nouveau en contrebas. La situation dégénère et le Champion écrase le visage de son challenger contre les barrières métalliques. Graham s’empare ensuite d’un nœud coulant et s’empresse de l’enrouler autour du cou d’un Dusty désormais en sang. Ce dernier suffoque et Graham appliquer une pression insoutenable à sa prise de l’ours. Du sang coulant le long de son visage, Dusty lève son bras. Le public – qui connaît ce geste familier – donne de la voix et encourage le challenger. Rhodes délivre un Bionic Elbow salvateur et se libère de l’emprise du Champion. Dusty s’empare de cette corde et c’est cette fois-ci Graham qui termine étranglé, renvoyant des images de crucifixion en écartant les bras alors qu’il est dangereusement suspendu par le cou, presque pendu par un Rhodes inarrêtable. Envoyé glisser à plat ventre sur la table des officiels, Graham s’ouvre aussi au niveau du front et supplie son challenger à genoux. Sauvé d’un tombé en mettant son pied dans les cordes, Graham est en difficulté, et sur un autre tombé, c’est cette fois Dusty qui prend appui sur les cordes mais l’arbitre refuse de compter ! Se plaignant à juste titre auprès de l’officiel, Rhodes est victime d’une charge désespérée de Billy Graham qui s’écroule littéralement. Gisant alors dans une mare de sang, Graham n’a qu’à faire retomber son bras sur le corps inerte de Rhodes et l’arbitre compte, Rhodes ne se dégageant qu’une seconde trop tard. Furieux, Dusty mitraille un Graham rouge de sang de Bionic Elbows et force l’arbitre à compter, mais le verdict a déjà été rendu. « Superstar » Billy Graham est proclamé victorieux et doit rapidement quitter l’arène sous des jets de projectiles, conservant sa ceinture d’une manière plus que discutable et au terme d’une rencontre sanglante et éprouvante. Dusty Rhodes n’y croit pas et n’ira malheureusement jamais plus loin, du moins sous l’égide des McMahon.
MATCH 6 : WWWF TAG TEAM TITLES MATCH : 2 OUT OF 3 FALLS MATCH : MR. FUJI & PROF. TORU TANAKA © W/FREDDIE BLASSIE VS CHIEF JAY STRONGBOW & HIGH CHIEF PETER MAIVIA (23:06)
VAINQUEURS : AUCUN
PRISE DE FINITION : NO-CONTEST
INDICATEUR : * ¾
Accompagnés par l’éternelle grande gueule qu’est « Classy » Freddie Blassie, Mr. Fuji et Prof. Toru Tanaka sont sur le ring et arborent les ceintures de Champions par équipe, récemment remportés lors d’un tournoi dont la finale s’était tenue lors d’un épisode de Championship Wrestling. Attention toutefois, puisqu’ils feront ce soir face à un tandem à ne pas sous-estimer. Il s’agit d’un duo composé de Chief Jay Strongbow et « High Chief » Peter Maivia, l’une des sensations du moment.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated
Tanaka joue la montre en réalisant son traditionnel rituel d’avant-match mais Maivia – qui porte un pansement à la suite d’une récente altercation avec « Superstar » Billy Graham – y va du sien, ce qui n’est pas au goût des Champions. Quelques petits cafouillages entre Fuji et Tanaka jouent en faveur des challengers mais Maivia est vite pris à partie dans le mauvais coin, emprisonné de longues minutes (c’est un euphémisme) dans une prise des trapèzes. Pendant près de 10 minutes – et je n’exagère pas – Maivia tente tout ce qu’il peut pour passer le tag à Strongbow, à chaque fois empêché par les tricheries de Fuji et Tanaka. C’est long – abusivement long – et lorsque Maivia parvient enfin à faire entrer Strongbow, c’est la débâcle ! Fuji et Tanaka sont en perdition alors qu’un autre coup involontaire fait grimper la tension du côté des Champions. De retour, Maivia perds son pansement et se transforme en un animal sauvage, le visage couvert de son propre sang qu’il se badigeonne ensuite sur le corps. Le samoan envoie une série de coups de tête à Fuji et enchaîne avec un Splash pour enregistrer le premier point au bout de 18 longues minutes (1-0). Le public exulte, se réveillant sans doute d’une manche soporifique. Maivia est chaud comme la braise et pourtant, l’arbitre semble inquiet au sujet de la lacération sur son front. Alors que ce dernier tient à se battre à tout prix, l’officiel de la rencontre prends la dure décision d’arrêter le match, octroyant la seconde manche aux Champions (1-1). La foule est furieuse alors que Maivia est escorté par Strongbow. Un fan grimpe même sur le ring, rapidement sorti par les officiels et la police. La troisième manche débute et Strongbow revient sur le ring prêt à se battre, même en désavantage numérique. Seul contre les japonais, Strongbow résiste un temps, jusqu’à ce que Maivia ne revienne, un épais bandage recouvrant son front. Ce retournement de situation provoque toutefois l’arrêt définitif du match alors que l’annonceur déclare qu’il s’agit d’un match nul.
MATCH 7 : STAN « THE MAN » STASIAK VS IVAN PUTSKI (02:03)
VAINQUEUR : IVAN PUTSKI
PRISE DE FINITION : COUNT OUT
INDICATEUR : ¾ *
Ancien détenteur du titre de Champion du monde poids-lourds, Stan « The Man » Stasiak ne baigne plus dans sa gloire d’antan et le déclin est amorcé. Il se présente ce soir pour le dernier combat de la soirée. Face à lui se dresse la montagne de muscles polonaise, en la personne d’Ivan Putski, toujours aussi populaire.
Alors qu’il saluait la foule, Putski est victime d’un terrible coup bas de Stasiak qui le martèle ensuite de coups de pied. Le polonais ne se laisse pas abattre comme ça et revient avec de lourds coups de poing, suivi de son Polish Hammer ! Stasiak roule en dehors du ring et se laisse compter par l’arbitre, le polonais remportant ce court match pour clôturer ce programme.
Théâtre de l’affrontement retour entre Dusty Rhodes et « Superstar » Billy Graham, ce programme de la World Wide Wrestling Federation ne réussit malheureusement pas à tenir ses promesses. Heureusement réduit à une petite heure et demie (et pourtant ça reste long) cette carte déçoit, en dépit d’un match d’ouverture pourtant assez correct, à mettre au crédit de Larry Zbyszko et de Johnny Rodz. Bien qu’un match de catch féminin reste à cette époque un exotisme un peu brouillon, on ne peut qu’y prêter attention compte tenu de l’évolution du genre, qui n’en est évidemment pas resté à ces quelques balbutiements. Je n’ai pas l’habitude d’être méchant mais je me dois de signaler cette véritable purge entre Larry Sharpe et Johnny Rivera, tuant un public tout entier et s’inscrivant de fait comme l’un des pires matches que j’ai pu voir jusqu’ici. En Main Event, l’attraction Ivan Putski reste populaire mais tends à s’essouffler si elle n’est pas renouvelée. Un grand moment aurait été une victoire de Strongbow et de Maivia, qui échouent pourtant sur un enchaînement de décisions plus que discutables, ruinant ce qui aurait pu être l’un des moments forts de la carte. Enfin, Dusty Rhodes n’aura pas démérité, repoussant « Superstar » Billy Graham dans ses retranchements, au terme d’un combat sanglant et éprouvant, ce à quoi j’ajouterais l’adjectif « novateur ». Pour autant, Rhodes échouera d’une manière largement controversée et n’ira jamais plus loin sur ce territoire. C’est toutefois l’un des premiers grands matches où l’on remarque un désir de repousser les limites, avec plus de violence et de sang que d’habitude, signe précurseur qu’un changement est à l’oeuvre et que la face du catch s’apprête à être bouleversée d’une manière où d’une autre.
Nathan Maingneur