AWA CHRISTMAS NIGHT 1982
25/12/1982

© American Wrestling Association Inc. All Rights Reserved
Dans les années 1980, regarder du catch à la télévision le soir de Noël était une véritable tradition. À l’instar de la WCCW ou de la World Wrestling Federation, la American Wrestling Association (AWA) organisait également – en ce soir du 25 décembre 1982 – son grand show de fin d’année : AWA Christmas Night 1982.
– En cette fin d’année 1982, une sortie musicale brise tous les records et secoue le classement des hit-parades. Il s’agit de Thriller, le dernier album de Michael Jackson qui s’apprête à changer les codes de la musique et de la pop-culture en général. Dans un tout autre registre, les anglais de Venom définissent les contours du Black Metal avec un album éponyme devenu le mètre étalon du genre.
Puisque c’est la première fois que nous en parlons ici, une petite présentation s’impose tout naturellement. La American Wrestling Association (AWA) était une promotion de catch nord-américaine localisée à Minneapolis dans le Minnesota. Cofondée par Verne Gagne et Wally Karbo en 1960, elle est née de la transformation du Minneapolis Boxing & Wrestling Club créé en 1933 et deviendra l’un des fiefs de la National Wrestling Alliance à partir de sa création en 1948. En 1960, la promotion prends le nom d’AWA et s’émancipe officiellement de la NWA pour devenir un territoire indépendant.
Cette édition de AWA Christmas Night s’est déroulée au St. Paul Civic Center de St. Paul dans le Minnesota. Il s’agit toutefois d’une compilation de matches s’étant déroulés sur l’édition 1981 et 1982 de Christmas Night. Au programme de notre soirée : Nick Bockwinkel y défendra son titre de Champion du monde poids-lourds contre Billy Robinson, Hulk Hogan catche en Tag Team avec Tito Santana, Bobby « The Brain » Heenan et plus encore. Tout au long de cette émission, les matches ont déjà commencé depuis au moins cinq minutes. Nous ne verrons donc pas les entrées ni les présentations.
MATCH 1 : BARON VON RASCHKE VS « SGT. » JACQUES GOULET (13:17)
VAINQUEUR : BARON VON RASCHKE
PRISE DE FINITION : PETIT PAQUET
INDICATEUR : * ¾
Originaire d’Omaha dans le Nebraska, le jeune James Donald Raschke s’est lancé dans le catch au milieu des années 1960 après un parcours brillant en lutte amateur. Entraîné par Verne Gagne et « Mad Dog » Vachon, il a d’abord commencé à la AWA en tant qu’arbitre puis sur le ring sous son vrai nom. En raison de son patronyme à connotation germanique, les organisateurs ont alors décidé de lui octroyer une gimmick de teuton à l’instar de Kurt Von Hess, Hans Schmidt ou encore Fritz Von Erich. Devenu un personnage apprécié des foules, Von Raschke se frottait ce soir au « Seargent » Jacques Goulet, plus connu sous le nom de René Goulet. Annoncé en provenance de Nice en France et présenté comme un ancien légionnaire, Goulet est détesté du public et n’hésite pas à tricher autant que faire se peut.
Lorsque nous rejoignons donc ce match en cours de route, Goulet domine les débats. Dans le maillot zébré, un jeune Curt Hennig y fait ses armes comme bon nombre de lutteurs à cette période. Sur le ring, c’est plutôt statique, Goulet a 40 ans et Von Raschke en a 42, on est donc face à une confrontation entre deux briscards, deux vétérans des rings qui sont déjà bien avancés dans leurs carrières respectives. Goulet triche allègrement, étranglant et griffant autant que le permet le laxisme du futur Mr. Perfect. Raschke se retire in-extremis d’une charge dans un des coins et amorce un retour en force, toutefois avortée par Goulet qui le calme avec un sale coup de pied dans l’entrejambes. Effectivement, ce n’est pas le combat le plus rythmé qui soit mais c’est du catch old-school qui regorge toujours de petites subtilités. Goulet lui applique sa Scorpion Hold, une sorte de Clawhold portée à la nuque, Goulet enfonçant ses deux doigts dans les cervicales de Raschke, comme le dard d’un scorpion en somme. Von Raschke s’en sort au terme d’une lutte interminable et applique sa Clawhold sur Goulet pour lui faire lâcher la prise. Le canadien a la présence d’esprit de se diriger les cordes mais le Baron le ramène sur le ring avec force. Finalement, une projection dans les cordes tourne à l’avantage de Von Raschke qui réussit à l’enrouler en petit paquet. Les pieds de Goulet ont effleuré les cordes mais le jeune Curt Henning n’a rien vu et officialise le compte de trois, octroyant la victoire au Baron au terme d’un combat old-school que j’ai apprécié à titre personnel mais qui rebuterait certainement beaucoup de spectateurs par son manque de rythme.
MATCH 2 : KEN PATERA VS STEVE OLSONOWSKI (15:52)
VAINQUEUR : KEN PATERA
PRISE DE FINITION : DESCENTE DU COUDE + AIDE DES CORDES
INDICATEUR : ** ½
Ancien haltérophile olympique, Ken Patera a gagné une médaille d’or en 1971 lors des Pan American Games de Cali en Colombie. Classé à la troisième place du concours de l’homme le plus fort du monde en 1977, Ken Patera s’est tourné vers le catch en 1972 et a commencé sur les rings de la AWA. Après un premier passage remarqué sur les rings de la World Wrestling Federation entre 1976 et 1977, Patera signera un retour en 1980 et y remportera le titre de Champion Intercontinental. De retour à la AWA, Patera est désormais membre de la Heenan Family, dirigée d’une main de fer par Bobby « The Brain » Heenan. Il se mesurait ce soir au jeune Steve Olsonowski, solide élément de l’AWA également connu sous le nom de « Steve O » sur les rings de la NWA.
Le combat a commencé depuis cinq minutes et « Steve O » applique une clé de bras à Patera. Agressif, Patera réplique en projetant son adversaire en dehors du ring et lui éclate le crâne contre le bord du ring. Après avoir repris ses esprits, c’est maintenant au tour Olsonowski de balancer Patera devant les premiers rangs, avant de lui défoncer le bras contre le poteau. Patera revient toutefois avec de sale coups de genou et immobilise son adversaire avec une redoutable prise de l’ours. À nouveau viré à l’extérieur du ring, Patera subit un Reversed Atomic Drop que le commentateur confonds avec un Piledriver. De retour sur le ring, Patera le calme ensuite avec une magnifique souplesse arrière. Olsonowski manque de peu de le surprendre avec un Sunset Flip puis avec un joli brise-nuque. « Steve O » enchaîne avec un second mais Patera le contre et lui porte un descente du coude. L’arbitre Jim Mitchell ne remarque pas que Patera s’aide des cordes pour sa tentative de tombé et compte trois, offrant une victoire non-méritée à un Ken Patera toujours aussi roublard.
MATCH 3 : RICK MARTEL VS BOBBY « THE BRAIN » HEENAN (14:14)
VAINQUEUR : RICK MARTEL
PRISE DE FINITION : SAUT CHASSÉ + CHOC CONTRE LE COIN
INDICATEUR : ** ¼
Originaire de Québec City au Québec, Rick Martel est l’un des talents les plus purs du début de la décennie 1980. Le jeune québécois a d’abord fait ses armes au sein de la Pacific Northwest Wrestling de Portland dans l’Oregon. Plusieurs fois Champion Tag Team de la World Wrestling Federation avec Tony Garea entre 1980 et 1982, Martel a ensuite signé à la AWA. Martel se frottait ce soir à l’un des personnages les plus emblématiques de la promotion. Bobby « The Brain » Heenan a fait ses premiers pas à la World Wrestling Association (WWA) d’Indianapolis avant de rejoindre l’AWA en 1969. Très bon entre les cordes, Heenan s’est toutefois distingué en dehors du ring en tant que manager, guidant les pas de légendes du circuit telles que Blackjack Lanza, Ray « The Crippler » Stevens ou encore Nick Bockwinkel au sein de la Heenan Family, une faction qui a longtemps terrorisé les rangs de l’AWA.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved
Nous rejoignons donc le match en cours de route et Heenan est en difficulté. Très rapidement, celui qu’on ne surnomme pas « The Weazel » pour rien sort quelque chose d’illégal de sa grenouillère et en asperge les yeux de Martel, privé de l’un de ses sens. Heenan reprends donc le dessus et s’impose avec un Double Knife Edge Chop vicieux. Martel manquera de peu de le surprendre avec un Flying Body Press mais Heenan s’en dégage. Emporté par son élan – alors qu’Heenan s’était entremêlé dans les cordes – Martel s’éclate en dehors du ring. Heenan ne le laisse pas remonter sur le ring mais perdra à ce petit jeu, Martel lui éclatant la tête dans l’un des coins. Martel entame alors son retour en force et lui assène un Reversed Atomic Drop, que le commentateur confonds cette fois-ci avec un brise-dos. Toujours pas. Projeté contre l’un des coins, Heenan rebondit contre la protection, se prends un saut chassé de Martel dans le dos et ricoche une nouvelle fois en s’encastrant dans le poteau. La séquence est bien exécutée et permet à Rick Martel de décrocher une victoire nette face au gérant de la Heenan Family.
MATCH 4 : AWA WORLD TITLE MATCH : NICK BOCKWINKEL W/BOBBY « THE BRAIN » HEENAN © VS BILLY ROBINSON (21:27)
VAINQUEUR : NICK BOCKWINKEL
PRISE DE FINITION : SLEEPER HOLD PIN COMBINATION
INDICATEUR : *** ¼
On a même droit à un match de championnat. Toutefois, il s’agit après vérification d’un combat qui a eu lieu lors de l’édition 1981 de ce programme. En ce temps illustres, le titre de Champion du monde poids-lourds de l’AWA était détenu par Nick Bockwinkel, figure de proue de la promotion de Verne Gagne à son apogée. Originaire de St. Louis dans le Missouri, le jeune Bockwinkel a commencé dans le catch en 1954. Son père lui-même était catcheur et l’a formé aux rudiments de la lutte professionnelle. Également entraîné par Lou Thesz, Bockwinkel remporta ses galons sur les rings du Sud de la Californie, du Midwest ainsi que du Texas. Véritable globe-trotter, Bockwinkel a également lutté sur les territoires d’Hawaï, du Canada et d’Australie jusqu’en 1970 lorsqu’il rejoint la AWA. Jusqu’ici, Bockwinkel était un babyface mais sur les rings de la AWA, il est devenu l’un des heels les plus haïs de tous les temps. Devenu Champion du monde à trois reprises, Bockwinkel défendait ce soir sa ceinture contre une légende du catch britannique en la personne de Billy Robinson.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved
Lorsque nous rejoignons cette rencontre qui a commencé environ cinq minutes, le challenger domine avec un Headlock. Très rapidement, la présence de Bobby Heenan se fait entendre, la foule sifflant copieusement son arrivée en dehors du ring. Mais l’arbitre n’est pas de cet avis et le défends d’interférer de quelque manière que ce soit. Robinson conserve l’avantage avec de belles manchettes portées à l’européenne et remporte un duel de force en faisant preuve d’une belle technicité. Appliquant un Side Headlock au Champion, l’anglais essaie à plusieurs reprises de lui river ses épaules au tapis au terme d’une séquence intense. Contrant une projection dans les cordes, Robinson se blesse néanmoins à l’épaule sur un Hiptoss. Bockwinkel ne le remarque pas tout de suite mais c’est Heenan qui le lui indique. Une fenêtre de tir dans laquelle s’engouffre immédiatement le Champion qui se focalise désormais sur ce bras meurtri. Également très rusé, Bockwinkel s’accroche à ce bras et ne laisse plus une seconde à Robinson. Celui-ci réussit toutefois à sortir un contre dont lui seul a le secret, le prenant en position de Pedigree pour appliquer une prise de soumission aussi originale que douloureuse. Bockwinkel est maintenant en difficulté et se dégage in-extremis du brise-dos signature de Robinson. Précipité par son élan, Robinson passe par-dessus les cordes mais s’y accroche. Il est attrapé par une Sleeper Hold de Bockwinkel, mais Robinson se laisse retomber en arrière, Bockwinkel sur son dos ! L’arbitre compte 1…2…et 3 ! Le public explose, pensant que Billy Robinson a battu Nick Bockwinkel et remporté le titre de Champion du monde ! Ils déchanteront cependant au moment de l’annonce du présentateur : Bockwinkel aurait relevé son épaule au dernier moment. Ce sont en effet celles de Billy Robinson qui ont été rivées au tapis et la déception est immense.
MATCH 5 : HULK HOGAN & TITO SANTANA VS KEN PATERA & « COWBOY » BOBBY DUNCUM W/BOBBY « THE BRAIN » HEENAN (15:44)
VAINQUEURS : KEN PATERA & BOBBY DUNCUM PAR DQ
PRISE DE FINITION : DÉCISION DE L’ARBITRE
INDICATEUR : *** ½
On termine vraisemblablement ce programme avec un combat à quatre et quelle affiche ! Il s’agit également d’une rencontre qui eut lieu en 1981 et non, Ken Patera ne catche pas une seconde fois. Il s’associait ce soir à l’un de ses partenaires de la Heenan Family, en la personne de « Cowboy » Bobby Duncum Sr. Ces deux lutteurs avaient eu un passage remarqué du côté de la World Wrestling Federation, le premier était devenu Champion Intercontinental tandis que le second s’était longuement opposé à Bob Backlund, alors Champion du monde poids-lourds. Ils se mesuraient à un sacré tandem composé de Tito Santana, ancien Champion Tag Team de la WWF avec Ivan Putski en 1979 ainsi que d’un Hulk Hogan devenu babyface et qui porte désormais les couleurs qui feront de lui l’icône d’une époque et d’une génération.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved
Le match est en cours et Hogan domine face à Duncum. Les tags s’enchaînent avec fluidité et les babyfaces s’autorisent même quelques filouteries d’habitude réservées aux heels. Hogan est physiquement au sommet de sa carrière et affiche un masse musculaire impressionnante. Confronté à Patera, Hogan veut en découdre et trace une ligne sur le sol, ce qui ne manque pas de déclencher l’hystérie du public. Les hommes de la Heenan Family sont en déroute mais Patera revient avec de sales coups de genou dans le dos de Tito. Hogan essaie d’intervenir mais les heels profitent que l’arbitre soit affairé dans l’autre coin pour lui asséner un double brise-dos. Patera manque de l’emporter avec une magnifique souplesse arrière mais Santana se dégage. Pris dans une prise de l’ours, Tito résiste tant bien que mal, encouragé par le public et son partenaire. Face aux tricheries de heels, Hogan sort chercher une chaise et sème la panique mais fera plus de bruit qu’autre chose. Santana tient bon et réussit finalement à passer le hot tag à Hogan qui entre tout feu tout flamme. Il se débarrasse de Duncum avec un Big Boot et se lance ensuite pour une descente de la cuisse, portée sur la jambe de Patera. Heenan grimpe sur le bord du ring mais est chopé par Hogan alors qu’en arrière-plan, Duncum sèche Tito avec une énorme Clotheline. Hogan fait passer Heenan sur le ring mais l’arbitre décide alors de le disqualifier pour mettre fin à ce chaos. La disqualification ne pose ici aucun problème, le public est entièrement du côté d’un Hogan pour lequel on ne peut que prendre parti.
Pour son Christmas Night 1982, la AWA recycle un peu de ses archives mais nous propose une soirée de catch aussi variée que dynamique, un enchaînement de matches de plus ou moins haute volée dans lequel chacun y trouvera son compte. Nick Bockwinkel défends son titre de Champion du monde contre Billy Robinson, Hulk Hogan s’associe avec Tito Santana contre la Heenan Family et plus encore.
– Ce visionnage nous permit entre autre de découvrir la faction de heels qui dirigeait la AWA. La WCCW a sa H&H Limited, la Mid-Atlantic Championship Wrestling a sa House of Humperdink mais du côté de l’AWA c’est la Heenan Family qui règne d’une main de fer sur le territoire. Dirigée par le génialissime Bobby « The Brain » Heenan, cette faction s’est abord composée autour de Nick Bockwinkel, Ray « The Crippler » Stevens et Bobby Duncum Sr. Heenan a ensuite jeté son dévolu sur Blackjack Lanza et Blackjack Mulligan ainsi que Ken Patera, dernière recrue de l’année 1982. Heenan et sa clique rejoindront la World Wrestling Federation en 1984 mais en attendant, c’est une vraie richesse de pouvoir en profiter sur les rings des territoires.
– En ces temps illustres, le Champion du monde poids-lourds de l’AWA était le vénérable Nick Bockwinkel. Légende vivante des territoires de la NWA, Bockwinkel a remporté ce titre à trois reprises. La première fois, en entrant directement dans l’histoire pour avoir mis fin au règne de près de 7 ans de Verne Gagne (2626 jours) avant d’entamer un règne d’une durée de cinq ans (1714 jours) jusqu’en 1980. Lorsque Gagne prit sa retraite en 1981, le titre sera symboliquement remis à Bockwinkel, qui le perdra toutefois en début d’année 1982 face à Hulk Hogan. Bockwinkel prendra sa retraite en 1987 au terme de plus de 30 ans d’une carrière légendaire, presque sans être passé par la World Wrestling Federation. Un authentique Champion des territoires, peut-être le plus grand.
– Néanmoins en cette fin d’année 1982, la star de l’AWA n’est pas Nick Bockwinkel. C’est un grand barbu aux bacchantes blond platine du nom d’Hulk Hogan. Boosté par le succès commercial de Rocky III, l’interprète de Thunderlips dans le film a connu un immense regain de popularité à la suite de ce rôle, le faisant passer d’un des heels les plus détestés du moment au sein de la Blassie Army, à l’une des vedettes les plus en vues du moment. L’explosion n’a pas encore eu lieu et se fera sur les rings de Vince McMahon mais les balbutiements du phénomène Hulk Hogan ont bel et bien eu lieu sur les rings de la AWA.