WORLD WRESTLING FEDERATION
MADISON SQUARE GARDEN #08
29/08/1977

Madison Square Garden
Près de vingt-deux mille spectateurs s’entassaient ce soir dans les gradins du Madison Square Garden de New York City en cette chaude soirée d’août 1977. Howard Finkel porte son plus beau costard et nous accueille en l’honneur de ce programme produit et réalisé par la World Wide Wrestling Federation. Vince McMahon Jr. est comme d’habitude l’unique commentateur de ce programme diffusé sur MSG Network.
– « High Chief » Peter Maivia, légendaire figure du catch insulaire et patriarche de la famille Anoa’i, monte sur le ring et accepte de répondre à quelques questions de McMahon. Reconnaissant d’être sur ce ring, Peter Maivia affirme que c’est un immense honneur que d’être ce soir au Madison Square Garden cette arène et compte y rester le plus longtemps possible.
Une partie du programme a cette fois-ci été amputée, nous raterons un combat d’ouverture entre Lenny Hurst et Rocky Tomayo, une rencontre de haute volée entre Johnny Rivera et Joe Turco ainsi qu’un match entre S.D Jones et Jack Evans.
Le même jour que la diffusion de ce programme, paraissait l’album Lust for Life, une collaboration de l’ancien chanteur des Stooges, Iggy Pop avec son ami David Bowie. Grâce à sa chanson titre, mais surtout le morceau The Passenger, qui deviendra l’hymne le plus reconnaissable de l’iguane.

Iggy Pop
MATCH 1 : HIGH CHIEF PETER MAIVIA VS STAN « THE MAN » STASIAK (07:36)
VAINQUEUR : HIGH CHIEF PETER MAIVIA
PRISE DE FINITION : COUNT OUT
INDICATEUR : * ¾
Orné d’attributs guerriers de sa terre natale et tatoué presque intégralement sur tout une partie du corps, voici High Chief Peter Maivia. On raconte que ces tatouages furent réalisés traditionnellement à l’aide d’un maillet en bois d’une aiguille en l’espace de trois à quatre jours, ce qui lui a valu un empoisonnement à l’encre. Vêtu d’une longue robe blanche brodée de ses initiales et d’une représentation imagée de son Heart Punch, Stan « The Man » Stasiak rentre sur le ring et est sifflé par le public du Garden.
Maivia est en grande forme et surprends son adversaire avec une série de roulades. Fuyant, Stasiak refuse systématiquement d’engager le combat. Un sale coup de poing fermé couche toutefois le samoan qui dérouille quelques minutes. Il s’en sort en esquivant un Heart Punch, la fameuse prise fétiche de l’ancienne tête d’affiche du territoire de Portland. Sur le rebord du ring, Maivia en esquive un autre et l’ex Champion du monde s’éclate le poing contre le poteau. Compté en dehors du ring, Stasiak regagne le ring une seconde trop tard et l’arbitre octroie la victoire à un Maivia combatif et adoré du public de New York. Le samoan n’en a pas terminé et demande à Stasiak de continuer le combat ! Ce dernier hésite et décide toutefois d’y renoncer, Maivia concluant par son célèbre « Aloha » !
MATCH 2 : 2 OUT OF 3 FALLS MATCH : TONY GAREA & LARRY ZBYSZKO VS BARON MIKEL SCICLUNA & GEORGE « THE ANIMAL » STEELE (08:57)
VAINQUEURS : TONY GAREA & LARRY ZBYSZKO (2-0)
PRISE DE FINITION : SUNSET FLIP
INDICATEUR : ** ½
Portant toujours cette longue cape rouge, le Baron Mikel Scicluna s’associe ce soir avec un personnage plutôt particulier. George « The Animal » Steele est à ses côtés et peut-on faire un tandem plus détestable ? Dans le coin opposé, une association entre les populaires Larry Zbyszko et Tony Garea s’en prennent directement à un Steele peut-être un peu trop avenant et l’envoient d’entrée de jeu en dehors du ring !
Steele profite de cette situation chaotique et assène un coup directement dans la gorge de Garea à l’aide d’un objet illicite. Martelé par Scicluna, le néo-zélandais se fait éclater la tête dans un coin sans protection, retirée au préalable par Steele. Zbyszko subira le même traitement, le tout sous l’administration d’un arbitre totalement impuissant. La situation dégénère et l’officiel de la rencontre subit une bousculade de Steele et les disqualifie d’office (1-0). Chacun reprends ses esprits et Garea comme Zbyszko dérouillent sévèrement. On dénote peut-être l’absence de sang à ce moment précis, ce qui aurait donné du piment à ce combat. Le Baron continue de dominer tandis que Steele s’affaire dans son coin à on-ne-sait-quoi. Garea s’en sort enfin et grâce à un tag avec Zbyszko, ce dernier peut placer un Sunset Flip sur le maltais pour le compte de trois (2-0). Steele et Scicluna fulminent et n’acceptent pas la défaite – si nette soit-elle – alors que des projectiles sont jetés par le public. Et comme pour enfoncer le clou, ce combat se clôt sur un ultime retour de bâton : Tony Garea s’empare de ce fichu objet et démonte Steele dans un élan flamboyant de fureur vengeresse. La mêlée reprends de plus belle et les heels sont boutés en direction des vestiaires au terme d’un combat réellement sympathique.
MATCH 3 : WORLD WIDE WRESTLING FEDERATION TITLE MATCH : « SUPERSTAR » BILLY GRAHAM © W/THE GRAND WIZARD OF WRESTLING VS « POLISH POWER » IVAN PUTSKI (18:01)
VAINQUEUR : BILLY GRAHAM
PRISE DE FINITION : COUNT OUT
INDICATEUR : **** ¼
Accompagné par the Grand Wizard of Wrestling sous un torrent de huées, « Superstar » Billy Graham rejoint le ring et exhibe fièrement sa musculature et son titre de Champion du monde poids-lourds. Graham s’autorise alors une tirade dans le microphone de McMahon et nous montre sa maîtrise de l’art oratoire dans l’objectif d’invectiver une foule. Toute le Madison Square Garden est derrière son challenger, annoncé en provenance de Cracovie en Pologne et figure emblématique de la « Polish Power » en la personne d’un Ivan Putski gonflé à bloc.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved/Courtesy of Pro Wrestling Illustrated
Putski refuse de perdre une seconde de plus et se lâche sur Graham à coups de poing ! Le Champion est mis en déroute et le challenger s’impose avec force. Un premier contact voit Graham s’agripper au cou massif du polonais de longues minutes durant. À la force de ses muscles, Putski s’en sort en retournant la prise, allant jusqu’à river les épaules de son adversaire au sol. Graham s’en démène en lui étranglant les yeux et se projette alors dans les cordes mais se heurte à un mur. Une seconde fois n’y changera rien, Putski est inamovible. Une troisième projection voit Putski prendre de l’élan à son tour et porter son Polish Hammer au Champion qui s’écroule dans les cordes ! Le public du Madison Square Garden se lève comme un seul homme en délire ! Et quel incroyable moment ! À genoux, Graham supplie son antagoniste mais celui-ci n’en a cure. Le Champion réussit toutefois à placer Putski dans une Full Nelson. Grâce à ses bras démesurés, le polonais s’en dégage et cadenasse à son tour Graham dans la même prise. Celui-ci s’en démène en mettant son pied dans les cordes et même dans l’épuisement, Graham a toutefois l’instinct d’enfermer Putski dans une prise de l’ours. À la force des tripes, le challenger ne se laisse pas abattre et la retourne, prenant Graham dans sa propre prise de l’ours ! Affaibli, Putski charge le Champion mais celui-ci – dans un sursaut de lucidité – lui assène un surpassement qui l’envoie s’écraser durement contre le tablier du ring. Compté par l’arbitre, Putski ne parvient pas à remonter à temps et concède ce match incroyablement physique à Graham. « Superstar » Billy Graham célèbrera cette immense victoire face à un public révolté. Ivan Putski n’a toutefois pas à rougir tant sa performance fut ce soir de premier rang. Le principal intéressé classera ces confrontations comme les meilleures de sa carrière.
MATCH 4 : VERNE GAGNE VS NIKOLAÏ VOLKOFF (07:10)
VAINQUEUR : VERNE GAGNE
PRISE DE FINITION : HEADCISSORS PIN
INDICATEUR : ** ¼
Verne Gagne fut l’illustre promoteur et propriétaire de l’American Wrestling Association (AWA) promotion de catch assignée aux territoires du Midwest et localisée à Minneapolis dans le Minnesota. Fait plutôt rare, Gagne catche ce soir sur le ring du Madison Square Garden. Âgé d’une cinquantaine d’années. Gagne fut également un grand catcheur, détenteur à 10 reprises de la ceinture de sa promotion, possédant l’un des règnes cumulés les plus longs de l’histoire – plus de 12 ans au total. Face à lui ce soir, nous retrouvions un bien plus jeune et plus grand compétiteur en la personne de Nikolaï Volkoff, imposant catcheur d’origine croate.

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Ce n’est pas la première fois que Gagne foule le ring du Garden, ayant déjà affronté Bruno Sammartino lors de son premier règne entre 1963 et 1971. C’est lui qui prends l’avantage en ce début de rencontre, donnant une véritable leçon de catch à un Volkoff rapidement dépassé. Ce dernier répond parfois avec force mais c’est la maîtrise catchesque de Gagne qui prime sur la force du yougoslave. McMahon fait ici mention de l’AWA, faisant l’éloge de Gagne et mentionnant même son fils Greg Gagne. Pris en brise-dos, Gagne enroule Volkoff en Headcissors pour le compte de trois et l’emporte au terme d’une rencontre plaisante.
MATCH 5 : TEXAS DEATHMATCH : KEN PATERA W/«CPT.» LOU ALBANO VS BRUNO SAMMARTINO W/ARNOLD SKAALAND (12:13)
VAINQUEUR : BRUNO SAMMARTINO
PRISE DE FINITION : FULL NELSON
INDICATEUR : **
Emmené au ring par ce filou de Lou Albano, Ken Patera est annoncé comme l’homme le plus fort du monde (information à prendre avec des pincettes mais c’est sans doute un peu vrai) et s’avance d’un air confiant, vêtu d’une ample combinaison blanche. Son adversaire est emmené au ring par le « Golden Boy » Arnold Skaaland et apparaît pour la première fois depuis quelques temps (quel euphémisme!) sans son or. Pas moins apprécié pour autant, Bruno Sammartino continue de transcender les foules où qu’il aille. Ils se connaissent bien et ont déjà croisé le fer à quelques reprises en tout début d’année. Ici, point de ceinture donc, mais une stipulation intéressante. Ce sera un Texas Deathmatch !

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Surpris par Patera, Sammartino essuie quelques coups mais réplique énergiquement. Bouté aux quatre coins du ring, Patera dérouille et subit l’agressivité de l’italien. Mis en difficulté, Patera est sur la défensive et ne peut que se défendre face à l’offense Sammartino. Toutefois, Patera se dégage d’un surpassement et ne manquera pas – sur sa chute d’un Atomic Drop – d’asséner un coup bas à Sammartino. L’haltérophile réussit à cadenasser l’italien dans une Full Nelson redoutable, surtout lorsqu’on connaît la force de Patera ainsi que les problèmes de cou qu’endure Sammartino depuis quelques années. Prenant appui sur les cordes, Sammartino s’élance et retombe en arrière sur Patera. L’arbitre compte et officialise Sammartino victorieux bien qu’on ne distingue pas réellement si ses épaules étaient plus ou moins rivées que celles de Patera. On aurait peut-être pu s’attendre à un combat plus agressif et compétitif – une chaise fut un tant lancée sur le ring mais fut directement évincée.
MATCH 6 : CHIEF JAY STRONGBOW VS MR. FUJI W/« CLASSY » FREDDIE BLASSIE & PROF. TORU TANAKA (06:00)
VAINQUEUR : AUCUN
PRISE DE FINITION : TIME LIMIT
INDICATEUR : *
Chief Jay Strongbow arbore toujours sa fameuse coiffe de chef autochtone et rencontre à cette période une forte popularité. Accompagné par « The Fashion Plate of Wrestling » en la personne de Freddie Blassie et de sa canne, l’horrible Mr. Fuji apparaît également aux côtés de son partenaire, Prof. Toru Tanaka, apparemment blessé.

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Strongbow s’invective avec « Classy » et se fait attaquer dans le dos par Fuji, se prenant des coups de canne du manager. Fuji profite alors de cet assaut sournois pour envoyer du sel dans les yeux de Strongbow. Ce dernier s’impose avec un surpassement mais subira ensuite une prise des muscles pectoraux auxquels s’agrippe le japonais. Strongbow se lance alors dans sa transe rituelle et réponds avec des coups de genou. C’est toutefois terminé, la cloche sonne pour indiquer la fin du temps réglementaire relatif au couvre-feu du Madison Square Garden.
Agréablement réduit à une petite heure et demie, ce programme est allégé de trois matches qui n’auraient probablement rien ajouté de plus à la soirée. En ouverture, High Chief Peter Maivia se révèle être un potentiel prétendant à l’or mondial. Quelques exotismes sont à noter ici et là, c’est notamment le cas de la présence de Verne Gagne, alors président et promoteur d’une promotion de la AWA, une petite rareté. Pourtant élevée au rang d’incontournable, ce Texas Deathmatch entre Bruno Sammartino et Ken Patera n’a malheureusement pas été à la hauteur. En dépit de la popularité de l’italien, l’action n’a pas vraiment décollé et le tout tombe à plat et aurait eu besoin de bien plus d’agressivité. La surprise de la soirée est à créditer au Baron Scicluna et à George Steele, auteurs d’une prestation remarquable et d’un petit match captivant face à deux chouchous du public. L’affiche de la soirée, ce véritable clash des cultures entre Ivan Putski – farouche compétiteur européen – et « Superstar » Billy Graham, flamboyant détenteur de la ceinture de Champion du monde poids-lourds, a été un succès considérable. Offrant un affrontement physique et compétitif, Putski nous y a fait croire, faisant entrer le Madison Square Garden dans une éruption générale à plusieurs reprises. Même s’il n’a pas gagné, le polonais signe ici l’une des meilleures performances de sa carrière, de par avec un Graham impérial qui confirme de plus belle et conforte ainsi son statut d’illustre Champion du monde et porte étendard – pour un temps – de la World Wide Wrestling Federation.
Nathan Maingneur