WORLD CLASS CHAMPIONSHIP WRESTLING #37
27/11/1982

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Les percussions tambourinent au rythme des images projetées dans ce générique culte. Comme d’habitude, Bill Mercer et Jay Saldi sont nos hôtes et nous accueillent dans l’enceinte du Sportatorium de Dallas au Texas pour un nouvel épisode de World Class Championship Wrestling. Au programme de notre soirée : David Von Erich se mesure au Great Kabuki dans l’objectif de venger la blessure de son frère Kerry, Al Madril se mesure à Killer Tim Brooks et plus encore.
– On commence avec une promo pré-enregistrée de David Von Erich en amont de son combat contre le Great Kabuki. Face caméra, David est déterminé et promet d’arranger la face de Kabuki de la même manière qu’il a blessé le genou de son frère Kerry. Aux abords du ring, Gary Hart se tient au côtés d’un Great Kabuki en tenue de ninja – presque encore plus menaçant que d’habitude. Hart ne tarit pas d’éloges à l’égard du Champion du Texas mais assure que quoi qu’il advienne, cela ne suffira pas à battre le « Boogeyman ». Drôle de surnom que celui du « croque-mitaine » pour Kabuki mais cela lui confère un aspect encore plus terrifiant.
MATCH 1 : KERRY VON ERICH VS « CPT. » FRANK DUSEK (02:28)
VAINQUEUR : KERRY VON ERICH
PRISE DE FINITION : DISCUSS PUNCH
INDICATEUR : **
Remis sur pieds – c’est bien le cas de le dire – Kerry Von Erich est pleinement de retour et a signé une solide performance la semaine passée face au Destroyer n°2. Sa blessure et sa mise à l’écart de la compétition n’ont toutefois pas érodé sa popularité, lui qui demeure l’un des catcheurs les plus plébiscités du moment. Ce soir, Kerry se mesure à un vieil ennemi de la famille Von Erich en la personne du « Capitaine » Frank Dusek qui retire élégamment sa robe de ring noire et jaune.
Rusé, Dusek surprends Kerry alors qu’il confiait son blouson à franges au valet du ring. Sa tactique se retourne rapidement contre lui, le jeune Kerry reprenant le contrôle de ces premiers instants de match. Celui-ci semble être en pleine forme, jusqu’à ce que Dusek profite de sa fragilité pour lui porter un brise-jambe. Mais Kerry ne se laisse pas approcher et le repousse en le chassant énergiquement. De retour sur ses pieds, Kerry Von Erich cueille Dusek avec un Discuss Punch du tonnerre et l’emporte en moins de trois minutes pour un compte de trois implacable au terme d’une bonne utilisation du temps imparti.
– Après sa victoire, Kerry rejoint Bill Mercer aux abords du ring pour une interview d’après-match. Interrogé à propos de sa revanche contre le « Nature Boy » Ric Flair, Kerry dit se sentir en pleine forme même s’il avoue s’être fait mal aux phalanges en décrochant la tête de Dusek avec son Discuss Punch. Promo courte mais très efficace. On sent en effet que ces incartades au micro ne sont pas son fort, mais c’est pour cela qu’il faut rester succinct !
MATCH 2 : BUGSY MCGRAW VS « WILD » BILL IRWIN (07:39)
VAINQUEUR : AUCUN
PRISE DE FINITION : DOUBLE COUNT OUT
INDICATEUR : *
Ils étaient autrefois alliés, ils sont aujourd’hui ennemis. Depuis sa sortie spectaculaire de la H&H Limited, Bugsy McGraw n’a cessé de chercher des noises à ses anciens partenaires, de King Kong Bundy au Great Kabuki, en passant par Arman Hussein. Bugsy est ainsi devenu le pitre de la promotion, multipliant les gags et facéties toutes plus ridicules les unes que les autres pour la plus grande joie des plus petits. Bugsy se mesurait ce soir à l’un de ses anciens collègues, en la personne de « Wild » Bill Irwin, toujours équipé d’un lasso qu’il fait claquer sur le ring.
Vivement charrié par des chants « Chauncey » à son encontre, Irwin s’égare en dehors du ring avant le son de la cloche. Encouragé par la foule, Bugsy recommence ses pitreries et Irwin s’en agace. Finalement, le cowboy prendra goût à ce petit jeu et – voulant imiter son adversaire qui se tapait la tête contre l’un des coins – Irwin est bêtement pris à son propre jeu par McGraw. Les phases au sol sont pauvres. Il ne se passe pas grand-chose et pourtant le public est à fond. Bugsy maintient un ciseau de tête au sol – soit sa contribution la plus technique à ce jour. Ils se regardent, se jaugent mais ne font rien, essayant sans doute de tirer le combat vers un match nul. Sauf que ça se voit et c’est gênant. Irwin ajoute enfin un peu d’agressivité à la rencontre, une initiative plus que bienvenue. Cueilli par le Big Boot d’Irwin, McGraw chute en dehors du ring et on a même le droit à un replay. Empêché par Irwin de remonter entre les cordes, Bugsy le tracte sur le tablier du ring. Là, ils s’échangent tout un panel de coups et seront inévitablement comptés en dehors du ring par l’arbitre Bronco Lubich au terme d’un match plus que passable.
– De retour au niveau de la table des commentateurs et nous partons désormais pour une petite vignette qui a été enregistrée au ranch de David Von Erich. Dans son élément – chapeau de cowboy et ballottines de foin pour ses chevaux – David recevait Bill Mercer dans son écurie alors qu’il s’occupait d’une de ses montures. En tant que Champion du Texas, David mesure pleinement la portée des actes du Great Kabuki qui a blessé son frère Kerry et qui a donc porté atteinte à sa famille et à ses fans. Il promet de le venger et d’arranger la face de Kabuki comme ce dernier a arrangé le genou de son petit frère.
Journaliste émérite, Bill Mercer se doit d’obtenir l’autre son de cloche et accueillait donc Gary Hart et le Great Kabuki en dehors du ring d’un Sportatorium encore désert. Interrogé à propos de ce chèque envoyée par le « Nature Boy » Ric Flair, Gary Hart défends que c’était pour lui acheter une Cadillac Station Wagon. L’argument ? Parce qu’on ne les trouve nulle part ailleurs qu’au Texas. 10,000 dollars auraient servi pour l’achat du véhicule et es 2,500 restants seraient allés dans les poches de la H&H Limited. On y croit moyen !
MATCH 3 : « KILLER » TIM BROOKS VS AL MADRIL (10:25)
VAINQUEUR : AUCUN
PRISE DE FINITION : LIMITE DE TEMPS RÉGLEMENTAIRE
INDICATEUR : ** ¼
Originaire de Waxahachie au Texas, Timothy Paul Brooks est un vétéran de l’armée américaine qui a participé à la guerre du Vietnam. Autant dire que le garçon est un dur à cuire. Dès ses débuts dans le catch à la fin des années 1960, Brooks s’est construit une terrible réputation, adoptant le surnom de « Killer » Tim Brooks pour se mesurer à certains des plus farouches compétiteurs de son époque tels que Dick Murdoch, Haystacks Calhoun ou encore Tiger Jeet Singh. Il se mesurait ce soir à l’un des babyfaces les plus populaires de la WCCW, en la personne d’Al Madril, ce qui annonce d’ores et déjà un sacré combat.
Conscient de la dangerosité de son antagoniste, Madril reste sur ses gardes et ne baisse pas ses poings. Il n’engage le combat que s’il est sûr d’être en position de force et nous présente un aspect plus réfléchi de son catch que nous n’avons pas l’habitude de voir. Bagarreur né, c’est pourtant au tapis que Madril s’impose avec un ciseau de tête bien maintenu. Madril réussit enfin à coincer Brooks avec un collier arrière et en profite pour lui envoyer quelques coups de poing. Brooks reprends l’avantage avec un sale brise-jambe et là encore, nous avons droit à un replay. Vicieux, Brooks mords et éclate le front de Madril contre le poteau, comme pour faire jaillir le sang. En déroute, Madril est en grande difficulté et peine à reprendre son match en main. Brooks se heurte au caractère bien trempé de monsieur David Manning qui n’a peur de rien. Le californien se redonne du poil de la bête et s’offre un retour en force, soutenu par un public chaud bouillant et totalement réceptif. Ses coups de poing portées façon mitraillette claquent et Tim Brooks est désormais à genoux, le suppliant de l’épargner. Finalement, et alors que Madril commençait seulement à prendre confiance, ils seront interrompus par le son de la cloche, signalant que la limite de temps réglementaire est dépassée.
MATCH 4 : DAVID VON ERICH VS THE GREAT KABUKI W/ARMAN HUSSEIN (09:52)
VAINQUEUR : DAVID VON ERICH PAR DQ
PRISE DE FINITION : INTERVENTION DU MAGIC DRAGON
INDICATEUR : **** ¼
Place au clou du spectacle. Et autant dire qu’au vu de la construction proposée par la promotion, les attentes sont hautes. Le visage recouvert par une épaisse cotte de mailles similaire à celles que portaient les samouraïs du Japon féodal, le Great Kabuki suscite toujours crainte et interrogation. Accompagné cette fois-ci par Arman Hussein et non par Gary Hart, le japonais semble imperturbable. Escorté en direction du ring par un officier de police, son défi du soir du soir se fraye un chemin au travers d’une foule entièrement acquise à sa cause. David Von Erich est chez lui et ça se ressent ! Et pour la première fois son entrée est filmée en intégralité, la caméra le suivant de dos pour offrir un rendu qui est pour ainsi dire – spectaculaire.

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Comme d’habitude, Kabuki commence en s’aspergeant les mains de ce mystérieux liquide vert, son green mist. Chaud comme la braise, David se jette dans le pugilat avec une rage folle et s’impose avec un joli ciseau de tête. Déjà tout vert de s’être frotté au japonais, David arbore donc lui aussi une peinture de guerre, celle de de son adversaire. Une première tentative d’Iron Claw est appliquée à l’abdomen de Kabuki, qui s’en sort en lui enfonçant ses doigts dans les yeux, puis avec des kicks incisifs. Ouvert au niveau du front par l’un de ces coups de pied, David s’écroule, groggy, en dehors du ring. Sadique, Kabuki enfonce ses dents dans cette plaie et fait encore plus couler le sang. À la force des tripes, David revient avec une série de droites et un coup de genou porté à la Harley Race. Kabuki revient toutefois avec une prise des trapèzes, supposément surpuissante grâce aux propriétés du green mist. Et David, s’étant sorti avec un saut chassé, tombe à genoux – pour mieux agripper l’abdomen du japonais avec une nouvelle Iron Claw ! Les gros plans du caméraman, d’abord sur le visage suffocant de Kabuki, puis sur celui de David, revanchard, sont saisissants. Mais David est coriace et – unilatéralement porté par son public – ne lâche rien. Profitant que le japonais grimpait sur les cordes, David le fait descendre de force et enchaîne avec une prise du sommeil. Arman Hussein grimpe sur le tablier du ring mais David l’attrape et le place à son tour dans une Sleeper Hold. Derrière, Kabuki s’apprête à frapper sa proie mais le Champion du Texas est alerte et lui applique son Iron Claw ! Toutefois, David n’a pas les yeux dans le dos et ne peut pas empêcher l’intervention du Magic Dragon, provoquant la disqualification de Kabuki. Kerry Von Erich accourt alors à sa recousse et sa simple présence suffit pour repousser les japonais en direction des vestiaires. Une fin légèrement en eau de boudin mais quel incroyable combat !
– Tout transpirant, aux côtés de son frère Kerry, un David Von Erich furieux rejoint la table des commentateurs. Interrogé à propos du résultat de la rencontre, David s’est pas du tout satisfait et rétorque que sur ses mains, c’est son sang, pas celui de Kabuki. Sur l’irruption d’Arman Hussein, David défends que c’est qu’il se passe dès lors que qui que ce soit se mêle de ses affaires ou de celles de son petit frère. La semaine prochaine, Kerry affrontera le Great Kabuki et David veillera à ce que tout se passe bien.
Quatre gros matches annoncés c’est pourtant notre main event qui a volé la vedette – sans grandes surprises. Construit à juste titre comme le clou du spectacle, cet affrontement entre David Von Erich et le Great Kabuki a surpassé toutes nos attentes. Kerry Von Erich, Bugsy McGraw et plus encore !
– Aucune autre structure de catch nord-américain ne sait construire un main event comme la WCCW. Débutant la soirée par une promo pré-enregistrée, le ton était déjà donné et les enjeux clairement définis. Plus tard, une petite vignette, enregistrée dans le ranch de la famille Von Erich, a contribué à ajouter une touche personnelle à cette histoire. Celle d’un grand-frère venu corriger le bourreau de son petit frère. Le tout a été porté par une foule au diapason de ce combat, nous offrant un match de catch remarquable et parfaitement exécuté qui n’a pas eu besoin d’un quelconque titre pour être consistant. Si on regrette peut-être cette fin en eau de boudin, la rencontre est l’une des meilleures qu’il nous a été donnés de voir jusqu’ici.
– Quarante-cinq minutes seulement auront suffit pour établir David Von Erich comme la superstar de la World Class Championship Wrestling. Souhaitant venger la blessure de son frère Kerry, David se mesurait ce soir au Great Kabuki dans notre main event. Le tout a bénéficié d’un effort de construction et de promotion comme aucune autre structure de catch ne sait à cette époque le proposer dans un format hebdomadaire. Et pour la première fois depuis son retour de Floride, David a réellement impressionné, que ce soit avec sa hargne sur le ring comme sa rage au micro. Certes, c’est son petit frère Kerry qui a les honneurs du moment mais ce soir, son grand-frère a surclassé tout le reste.
Nathan Maingneur