WORLD WRESTLING FEDERATION
CAPITAL CENTRE #3
28/03/1982

Capital Centre
Entre les années 1970 et 1980, la World Wrestling Federation enregistrait et produisait ses programmes dans plusieurs arènes de la côte Est des États-Unis. Pour les gros événements, nous nous retrouvions le plus souvent au Madison Square Garden de New York City ou au Spectrum de Philadelphie. Et pour les émission télévisées hebdomadaires, cela se passait soit au Fieldhouse d’Hamburg ou au Agricultural Hall d’Allentown, toujours en Pennsylvanie. Nous sommes ce soir au Capital Centre de Landover dans le Maryland, en proche périphérie de Washington D.C.
Vince McMahon est notre hôte habituel et nous annonce la carte de ce programme dans lequel Bob Backlund défendra son titre de Champion du monde poids-lourds face à Adrian Adonis lors d’un match des bûcherons. Pedro Morales défendra également sa ceinture de Champion Intercontinental contre Greg « The Hammer » Valentine et plus encore. Ce programme n’ayant pas été enregistré dans son intégralité, nous ne verrons donc pas les matches suivants : Jesse « The Body » Ventura a vaincu Tony Garea et « Polish Power » Ivan Putski a battu Mr. Fuji.
Quatre jours plus tôt, alors en promotion de son album « Diary of a Madman » sorti l’année précédente, Ozzy Osbourne doit reporter d’un mois son concert, initialement prévu le 24 mars dans cette même salle. La raison de ce report n’est autre que le décès accidentel de son guitariste, en la personne du mythique Randy Rhoads, dans un tragique crash d’avion.

© Ozzy Osbourne
MATCH 1 : « THE UNPREDICTABLE » JOHNNY RODZ VS STEVE TRAVIS (12:47)
VAINQUEUR : STEVE TRAVIS
PRISE DE FINITION : BACK BODY DROP
INDICATEUR : ***
On commence la soirée avec « The Unpredictable » Johnny Rodz, ce qui est généralement un gage de bon catch. Originaire de Brooklyn dans l’État de New York, le futur taulier de la Gleason Gym catche ce soir en solo et affiche une musculature plutôt dessinée. En face de Rodz, se dresse ce soir un jeune compétiteur promis à de grandes choses. Du moins… c’est qu’on pensait en voyant le jeune Steve Travis, qui n’a que 32 ans, mais qui a l’air d’avoir la quarantaine bien entamée.

© World Wrestling Entertainment Inc. All Rights Reserved
On assiste à un début de match nerveux mais dans le respect des règles. On sent tout de suite qu’on est face à deux professionnels et c’est un plaisir de les voir se tirer la bourre de la sorte. Les premières séquences sont en effet relativement techniques et demandent un important engagement physique. Finalement, Rodz sera le premier à envoyer les coups, coupant le souffle de Travis avec un sale coup de genou dans l’abdomen. Johnny enchaîne avec des descentes du genou que n’auraient pas renié Harley Race, alors que Travis semble être en difficulté. Celui-ci revient en force avec un Crossbody Block, mais Rodz lui porte un brise-épaule, dont Travis se dégage toutefois. Rodz ne lâche rien et lui concasse les vertèbres avec un Piledriver, mais cette fois-ci les pieds de Travis sont dans les cordes. Alors que Johnny lui portait une superbe Vertical Suplex, on est en droit de se demander si ce combat n’est pas en train de se diriger vers un match nul. Mais non, car le jeune Travis tire son épingle du jeu en contrant une Double Underhook Suplex, basculant Rodz par dessus sa tête, un peu comme un surpassement. Sous le poids de son adversaire, Johnny Rodz n’est pas en mesure de relever son épaule et concède la défaite – excellent match de catch au demeurant – à un Steve Travis qui a eu du mal.
– Vince McMahon se tient en dehors du ring et interviewe Bob Backlund, en amont de son Lumberjack match contre Adrian Adonis. Pour Backlund, cette stipulation est une sécurité au regard de leurs précédents combats, dans lesquels Adonis fuyait régulièrement en direction des vestiaires.
MATCH 2 : SPECIAL GUEST REFEREE (VELVET MCINTYRE) : PRINCESS VICTORIA VS WENDI RICHTER (11:02)
VAINQUEUR : PRINCESS VICTORIA
PRISE DE FINITION : CROSSBODY
INDICATEUR : ** ¾
On enchaîne avec un match féminin – et quelle belle affiche ! Présentée comme une dure à cuire originaire de Dallas au Texas, Wendi Richter effectue son entrée sous les sifflets de la foule, elle qui fut notamment entraînée par The Fabulous Moolah. Richter rencontrait ce soir une tout jeune lutteuse native de Portland dans l’Oregon. Entraînée par Sandy Barr et arborant une tenue typique amérindienne, Princess Victoria sera son adversaire du soir, elle qui fut longtemps la grande rivale de Velvet McIntyre. Et c’est cette même McIntyre qui aura la lourde tâche d’être l’arbitre de la rencontre.

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Elles s’échangent d’abord quelques clés de bras, jusqu’à ce que Richter prenne l’avantage en faisant preuve d’une agressivité palpable. Particulièrement stiff, elle enfonce sa botte dans les vertèbres de Victoria, tout en lui tirant les bras en arrière. Elle l’agrippe ensuite par les tresses avant de lui accrocher les jambes dans l’un des coins. En position de cochon pendu, Victoria dérouille face à une Richter qui impose un catch implacable, sans doute largement inspiré de celui de Moolah. Victoria se redonne timidement un peu de courage mais cela ne suffit pas. Se retirant in-extremis d’un Splash de Richter, Victoria lui porte ensuite une série de Slingshots qui la font valdinguer d’un bout à l’autre du ring. Les esprits s’échauffent alors et McIntyre, jusqu’ici plutôt réservée, essaie de séparer les deux femmes, mais sera victime d’une bousculade et terminera au sol. Victoria en profite, pousse alors Richter qui trébuche sur McIntyre et se jette sur elle en Crossbody. Vexée, McIntyre s’autorise un « fast count » qui permet à Princess Victoria de l’emporter – au grand dam d’une Wendi Richter qui aurait mieux fait de prendre sur elle.
– McMahon accueille désormais Adrian Adonis au micro pour quelques commentaires avant son match face à Bob Backlund. Excédant de confiance, Adonis est toutefois très convaincant au micro. Voyons désormais si son arrogance suffira pour battre le Champion du monde.
MATCH 3 : INTERCONTINENTAL TITLE MATCH : PEDRO MORALES © VS GREG « THE HAMMER » VALENTINE (15:18)
VAINQUEUR : GREG VALENTINE PAR DQ
PRISE DE FINITION : DÉCISION DE L’ARBITRE
INDICATEUR : *** ¾
Notre prochain combat est un match de championnat. Arborant une superbe robe de ring pailletée, Greg « The Hammer » Valentine s’assure que les cordes soient bien tendues et reçoit un accueil plus que négatif de la part du public de Landover. Valentine rencontrait ce soir l’actuel Champion Intercontinental, en la personne de Pedro Morales, toujours aussi apprécié des foules de la côte Est des États-Unis.

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Récalcitrant à l’idée d’engager la rencontre, Valentine ne se doute pas que cela fait bouillonner le portoricain, qui déteste ça plus que tout au monde. Alors quand Morales pose enfin ses mains – ou ses poings – sur son challenger, les gauches pleuvent et Valentine s’écroule net, ne sachant comment réagir face à un telle fureur. Pas surnommé « The Hammer » pour rien, Valentine envoie de gros coups de coude dont l’impact semble secouer Morales. Désormais en péril, le Champion essuie les frappes du challenger qui se focalise maintenant sur son genou, préparant sans doute sa redoutable Figure Four Leglock. En guise d’amuse-bouches, Valentine lui applique alors un Spinning Toe Hold, la prise fétiche de Terry et Dory Funk Jr. Morales s’en dépatouille tant bien que mal et, à la force des tripes, revient à la charge avec de gros coups de poing. Ils s’échangent ensuite une magnifique série de coups de poing et jusqu’ici, aucune prise de catch n’a encore été portée, on assiste à un règlement de comptes en bonne et due forme. Intelligent, Valentine repart sur cette jambe et réussit cette fois-ci à caser sa prise en quatre. Morales souffre le martyr, l’agonie est alors insupportable mais Pedro s’en sort en rejoignant les cordes. Un peu chancelant, mais de retour sur ses pieds, Morales trouve la force d’envoyer de gros coups de poing. Sur le rebord du ring, Valentine porte un coup de tête au Champion qui en reculant, percute l’arbitre qui tombe au sol. Valentine enfile un objet autour de son poing mais Morales l’en empêche et le sèche avec une gauche tonitruante. Remis de ses émotions, l’arbitre remarque que Morales porte ledit objet et fait alors sonner la cloche, disqualifiant le Champion, octroyant la victoire à un Greg Valentine qui devra se contenter de ce maigre lot de consolation – mais aura sans doute droit à une revanche.
MATCH 4 : MR. SAITO VS JOSÉ ESTRADA (11:11)
VAINQUEUR : MR. SAITO
PRISE DE FINITION : CONTRE D’UN CISEAU DE TÊTE
INDICATEUR : ***
Il est l’un des lutteurs japonais les plus redoutables de son époque. Celui qu’on surnomme « Mr. Torture » en raison de son style punitif et sadique entre les cordes combat ce soir en solo. Moitié des Champions Tag Team avec Mr. Fuji, Masa Saito – qu’on appelle Mr. Saito sur les rings de la WWF – se mesurait ce soir à José Estrada, éternel compère de Johnny Rodz, également reconnu comme l’un des meilleurs catcheurs de la promotion.

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Ils se chauffent en s’échangeant une série de Armdrags, et bien que Saito soit plus aguerri qu’Estrada, celui-ci n’est pas en reste et lui tient la dragée haute. Le japonais se concentre sur sa jambe, l’immobilisant au sol avec un Stepover Toe Hold. Dominé, Estrada, se débrouille plutôt bien, mais Saito est un cran au-dessus. De retour au tapis, les deux hommes s’échangent quelques clés de bras et autres prises de soumission qui ont l’air assez douloureuses. De retour sur ses pieds, Estrada envoie quelques coups de poing et part pour un Headscissors. Souhaitant enchaîner avec un deuxième, Estrada prend son élan, mais Saito se retire in-extremis et voit Estrada s’écraser lourdement dans le coin. Saito profite de ce choc pour le recouvrir et l’emporter au compte de trois, au terme d’un très bon match.
MATCH 5 : WWF WORLD TITLE LUMBERJACK MATCH : BOB BACKLUND © W/ARNOLD SKAALAND VS ADRIAN ADONIS W/JESSE « THE BODY » VENTURA (16:04)
VAINQUEUR : BOB BACKLUND
PRISE DE FINITION : O’CONNOR ROLL
INDICATEUR : *****
C’est notre main-event. Comme le requiert la stipulation, plusieurs lutteurs ont déjà envahi les abords du ring – les heels d’un côté, les babyfaces de l’autre. Accueilli par les sifflets du public du Capital Centre, Adrian Adonis arbore une vraie dégaine de loubard, un authentique bad-boy vêtu de cuir que n’aurait pas renié un certain Rob Halford. Accompagné par son fidèle compère, en la personne de Jesse « The Body » Ventura, Adonis est immédiatement rejoint par Bob Backlund, qui remet ce soir sa ceinture de Champion du monde en jeu, après avoir déjà croisé le fer avec Adonis à quelques reprises en ce début d’année 1982.

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Adonis donne le ton avec un énorme coup d’avant-bras qui a sonné les cloches du Champion. Fuyant comme à son habitude, Adonis est bien embêté puisqu’en chutant du mauvais côté du ring, il se retrouve pris à partie par les babyfaces, parmi lesquels on compte entre autres Tony Garea, Rick Martel et Ricky McGraw. Backlund l’envoie ensuite au tapis avec un magnifique surpassement et enchaîne avec une Double Underhook Suplex. C’est ensuite au tour de Backlund de tomber dans la fosse aux lions, et ce sont Johnny Rodz, José Estrada et bien-sûr Jesse Ventura qui l’accueillent. De retour entre les cordes, Adonis plante Backlund avec un superbe Running Powerslam qui a sans doute inspiré le British Bulldog. Adonis grimpe alors sur les cordes et s’élance en Missile Dropkick, une prise de risque quasi inédite – surtout à cette période. Backlund revient à la charge et plante Adonis avec un Piledriver du tonnerre. Toujours plus fou, le challenger innove avec un Flying Crossbody et manque encore une fois de l’emporter – quel match ! Il le couche avec une souplesse arrière mais Backlund s’en dégage à son tour. Les deux hommes entrent alors dans la phase décisive du combat, celle où tout peut basculer. Pas franchement habitué à être bousculé de la sorte, Backlund est poussé dans ses retranchements. Il réussit à porter son Reversed Atomic Drop, mais Adonis est trop près des cordes. Au bout de l’effort, Backlund essuie un Running Bulldog mais s’en dégage à un ! En totale perdition, Adonis trouve quand même le moyen de placer sa Sleeper Hold, baptisée « Goodnight Irene ». Backlund réussit à s’en dégager plutôt rapidement et enroule Adonis avec un O’Connor Roll. Ce dernier parvient à retourner le tombé, mais Backlund est au-dessus techniquement et l’enroule une seconde fois – cette fois-ci pour de bon. L’arbitre compte trois, Bob Backlund conserve donc sa ceinture au terme d’un match des bûcherons exceptionnel, à mon avis et sans aucun doute devenu le mètre étalon.
– Pas rassasiés pour autant, Backlund et Adonis continuent de se la coller et ce, malgré la présence des autres catcheurs en dehors du ring. Finalement, et après une intense échauffourée, Adonis repartira en direction des vestiaire bredouille, alors que Backlund s’en sort, mais nécessairement pas la tête haute.
MATCH 6 : « QUICKDRAW » RICK MCGRAW VS CHARLIE FULTON (08:52)
VAINQUEUR : RICK MCGRAW
PRISE DE FINITION : SUNSET FLIP
INDICATEUR : * ¾
On a gardé deux des bûcherons qui étaient respectivement de chaque côté du ring lors du match précédent pour les faire s’affronter en solo. Originaire de Charlotte en Caroline du Nord, Rick McGraw est l’un des jeunes espoirs de la World Wrestling Federation – bien qu’il ne cesse de se cogner la tête contre le plafond de verre de la promotion. Il se mesurait ce soir à Charlie Fulton, catcheur qu’on rangerait dans la catégorie des jobbers, mais dont le physique plutôt imposant lui a quelques fois permis de décrocher la victoire.
Ricky frappe fort d’entrée de jeu avec un gros Bodyslam suivi d’un Armdrag mais Fulton revient avec de bons coups d’avant-bras qui sonnent McGraw. Ricky subit à son tour un enfourchement et est malmené au sol, pris en Chinlock par Fulton. Groggy – et un peu à côté de ses pompes – McGraw multiplie les erreurs et finira par mordre la poussière en dehors du ring. En difficulté – comme au bout de l’effort – Ricky récupère longuement sur les planches du Capital Centre. Sur le bord du ring, McGraw revient toutefois avec une série de coups de bélier, directement dans l’abdomen de Fulton. Ayant pris position, Ricky s’élance alors et l’emmène en Sunset Flip, une manœuvre périlleuse qui paye puisque cela lui permet de l’emporter au compte de trois.
Exceptionnelle – et je pèse mes mots – affiche qui nous fut ce soir proposée par la WWF qui enregistrait son programme au Capital Centre de Landover dans le Maryland. Bob Backlund y défend son titre de Champion du monde contre Adrian Adonis dans le meilleur match des bûcherons de tous les temps, on a droit à du bon catch féminin ainsi qu’une solide défense de titre Intercontinental entre Pedro Morales et Greg Valentine.
– On souligne l’effort de nous proposer du catch féminin, d’autant plus lorsque les forces en présence sont de futures grandes lutteuses. Face à une Wendi Richter aussi brutale que charismatique, Princess Victoria a passé un sale quart d’heure mais a su profiter d’un écart de conduite de son adversaire pour l’emporter à la surprise générale. Si Victoria n’aura pas une immense carrière, son adversaire ira renverser le règne le plus long de tous les temps, en battant The Fabulous Moolah en 1984 mettant fin à un total de 10,170 jours de règne, soit près de 28 ans avec la ceinture.
– Le match pour le titre de Champion Intercontinental a tenu ses promesses. Opposé à Greg « The Hammer » Valentine, Pedro Morales a été bousculé et n’aura même pas décroché la victoire, devant se contenter d’une défaite sur une DQ qui lui permet toutefois de conserver son titre. Quant à la rencontre, nous avons eu droit à un règlement de compte en bonne et due forme et l’annonce d’un revanche ne saurait tarder – surtout au vu de cette fin légèrement frustrante mais terriblement bien exécutée.
– Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à un véritable classique. Parfois, lorsque vous avez de la chance, vous pouvez tomber sur une pépite de catch. Ce fut le cas lorsque je découvrais cet Alley Fight mémorable entre Pat Patterson et le Sgt. Slaughter, un chef d’œuvre à tous les niveaux. C’est encore plus rare qu’une rencontre se positionne comme le mètre étalon du genre. C’est ce que j’ai pensé en voyant ce fabuleux match en cage de 1979 qui opposait Bob Backlund et ce même Pat Patterson, bien trop occupés à définir les codes du match en cage pour se rendre compte de la merveille qu’ils étaient en train de nous pondre. C’est ce cas de figure que nous retrouvons ici. Peut-on faire un meilleur match des bûcherons – stipulation aujourd’hui désuète et oubliée de tous – que ce combat dantesque entre Adrian Adonis et Bob Backlund ?! Du début à la fin de ces seize minutes de match, la rencontre nous a emmenée avec elle à un rythme effréné. Bousculé comme jamais auparavant par un Adonis exceptionnel, Bob Backlund a tenu bon et a été poussé dans ses retranchements pour conserver son titre, au terme d’un combat qui restera dans les mémoires – du moins la mienne.
Nathan Maingneur