WORLD WRESTLING FEDERATION – SPECTRUM #2.1

WORLD WRESTLING FEDERATION

PHILADELPHIA SPECTRUM #2.1

12/04/1980

Philadelphia Spectrum

Philadelphia Spectrum

On braque souvent les projecteurs sur le Madison Square Garden de New York City, considéré (et à juste titre) comme la Mecque du catch nord-américain. Toutefois, d’autres arènes en Amérique du Nord portent le même prestige et ont accueilli nombre d’affrontements mythiques. C’est le cas du Sportatorium de Dallas, mais aussi du Boston Garden ou encore du Spectrum de Philadelphie en Pennsylvanie. Ce soir, près de 19500 personnes se massaient dans les gradins du Philadelphia Spectrum, soit pas loin du record d’affluence pour cette arène, jusqu’ici tenu par Elvis Presley.

Et quel programme ! Nous aurons droit à la revanche tant attendue entre Larry Zbyszko et Bruno Sammartino, un match de championnat du monde colossal entre Bob Backlund et Hulk Hogan, ainsi qu’une défenses des titres de Champions Tag Team, entre les Samoans et les Champion en titre, que sont Ivan Putski et Tito Santana. Ce programme n’ayant pas été enregistré dans son intégralité nous ne verrons pas les matches suivants : Tor Kamata a vaincu « The Unpredictable » Johnny Rodz, Larry Sharpe a battu José Estrada, le Baron Scicluna est venu à bout de Tony Altimore.

Quelques jours plus tard, Black Sabbath renaîtra de ses cendres, sans son chanteur Ozzy Osbourne renvoyé par le groupe à la suite d’incessants déboires. Avec Ronnie James Dio au chant les pionniers du heavy metal enregistrent et publient l’album Heaven and Hell un disque qui sera malgré tout un succès tant critique que commercial notamment grâce à la performance de Dio, qui se démarque du style de son légendaire prédécesseur.

MATCH 1 : KEN PATERA VS RENÉ GOULET (09:26)

VAINQUEUR : KEN PATERA

PRISE DE FINITION : PETIT PAQUET

INDICATEUR : ** ½

Patera a fait ses débuts pour la World Wide Wrestling Federation en 1976 et a colorée ses cheveux en un blond peroxydé. Dès 1977, Patera sera l’un des derniers challenger au titre de Bruno Sammartino avant sa défaite historique face à « Superstar » Billy Graham. Après s’être produit une année sur les ring des Jim Crockett Promotions, Patera revint à la WWF en octobre 1979 Patera remportera le titre de Champion Intercontinental en terrassant Pat Patterson sural Madison Square Garden. Ce soir, Patera rencontrait René Goulet, briscard québécois pourtant annoncé en provenance de Paris, en France.

Croyant pouvoir profiter de sa force, Patera se laisse toutefois surprendre par l’expérience de Goulet, qui en a encore sous le capot, même à presque cinquante ans. Beaucoup plus hargneux que le québécois Patera reprends néanmoins l’avantage avec de gros coups de poing et de pied avant d’envoyer Goulet par-dessus la troisième corde. Le rythme est très soutenu Patera conservant l’ascendant grâce à un High Knee en pleine face. Bagarreur, le québécois revient à la charge avec un agressivité nouvelle. Patera le couche ensuite avec une souplesse arrière et manque de l’emporter à la suite d’une double collision, le voyant retomber sur Goulet en position de tombé. Ce dernier essaie de l’enrouler en petit paquet mais Patera l’enroule à son tour, cette fois-ci pour le compte de trois, au grand dam d’un René Goulet qui s’est fait voler la victoire.

MATCH 2 : WWF WORLD TITLE MATCH : BOB BACKLUND W/ARNOLD SKAALAND VS « THE INCREDIBLE » HULK HOGAN (29:00)

VAINQUEUR : HULK HOGAN

PRISE DE FINITION : COUNT OUT

INDICATEUR : ****

Toujours invaincu, celui qu’on appelle « The Incredible » Hulk Hogan terrorise les rangs de la promotion depuis près de cinq mois. Arborant une ample cape colorée, Hogan est une force de la nature, culminant à près de 2,01m pour près de 140kg à la pesée. Et celui-ci a tout récemment jeté son dévolu sur l’actuel Champion du monde en titre, en la personnes de Bob Backlund, qui rejoint les abords du ring aux côtés de son manager et conseiller, le vénérable Arnold Skaaland. La réaction de la foule de Philadelphie est ce soir plus mitigée que d’habitude, il semblerait qu’Hogan ait quelques tribuns au sein de ce public.

La tension est à son comble et le face-à-face est impressionnant, d’autant plus qu’Hogan fait une tête de plus que son adversaire. En infériorité physique, néanmoins très puissant, le Champion doit faire usage de son bagage technique, ce qui lui permet de tenir à Hogan à distance, notamment sur des test des forces, qui avantagent forcément le floridien. On assiste à une assez longue phase au sol, lors de laquelle Backlund maintient Hogan avec un Side Headlock. La rencontre est disputée, ce que l’un inflige à l’autre, l’autre lui rend à la pareille. Hogan frappe fort avec un brise-dos enchaîné avec une lourde protection dans l’un des coins. Les lombaires en compote, Backlund essuie les plâtre et est maintenant à la merci de son challenger qui lui porte une clé de bras. Avec ce grand gaillard accroché à son bras, Backlund essaie de se relever, mais Hogan ne lâche rien. Au terme de plusieurs tentatives infructueuses, Backlund réussit l’impossible se relevant avec Hogan perché sur son épaule. L’épreuve de force est démentielle et prouve encore une fois qu’il ne faut pas sous-estimer la puissance brute de Backlund. Galvanisé, celui-ci se laisse toutefois avoir par une prise de l’ours de Hogan. Souffrant le martyr, Backlund s’en sort en la contrant en un Piledriver, dont Hogan se dégage à peine. Les minutes passent, les corps souffrent et les deux hommes s’échangent chacun une souplesse arrière et au bout de l’effort. Hogan part pour un Airplane Spin et s’écroule, ne tenant plus sur ses pieds. Backlund lui portera un Airplane Spin à son tour, mais bascule en dehors du ring et continue de porter la prise. Hogan a la présence d’esprit de remonter entre les cordes et Backlund sera alors compté à l’extérieur, Hogan remportant le match, mais sans remporter le titre. En effet, la ceinture ne peut pas changer de mains sur une disqualification, Backlund perds la rencontre, mais conserve son titre, au terme d’un excellent match qui a permis d’établir Hogan comme un futur Champion du monde.

– On nous diffuse ensuite une interview de « The Incredible » Hulk Hogan, menée par Dick Graham et enregistrée en amont de la diffusion de ce programme.

MATCH 3 : TEXAS DEATHMATCH : BRUNO SAMMARTINO W/ARNOLD SKAALAND VS LARRY ZBYSZKO (11:09)

VAINQUEUR : BRUNO SAMMARTINO

PRISE DE FINITION : DÉCISION DE L’ARBITRE

INDICATEUR : ** ¾

Frustré d’être constamment dans l’ombre de son mentor le jeune Larry Zbyszko défia son icône, en la personne de Bruno Sammartino, lors d’un match d’exhibition. Mais lors de ce combat, Larry laissa exploser sa rage, laissant un Sammartino pour mort, dans une flaque de son propre sang, s’autoproclamant de fait « The New Living Legend of Pro Wrestling ».  Après un premier combat au mois de mars, remporté par Zbyszko sur une disqualification dans une ambiance de quasi-émeute, les deux hommes remettent ce soir le couvert dans un Texas Deathmatch, un combat sans disqualification dans lequel tout, ou presque, sera autorisé.

Alors qu’un Zbyszko impatient faisait les cent pas, tel un lion en cage, Sammartino se fait attendre. Son entrée déclenche finalement les acclamations de la foule. Et au moment de passer entre les cordes, Bruno est sauvagement agressé par Larry qui lance les hostilités. Empêché par Zbyszko de grimper sur le ring l’italien dérouille piétiné sans relâche par son ancien élève. Sammartino revient à la charge avec un coup de pied dans les valseuse, un geste d’habitude interdit mais ce soir permis par les règles du combat. Bruno est lancé et n’épargne pas celui qui fut un temps son protégé, l’envoyant tête première contre la table des commentateurs, puis dans les escaliers en bois. Zbyszko reprends le dessus grâce à de lourdes projections dans le coin qui font même bouger le ring. Bruno l’enverra dans les barrières en acier, puis face première contre le tendeurs métallique du ring. En dehors du ring, Zbyszko s’est emparé d’une chaise mais, en voulant frapper Sammartino, celui-ci se retire in-extremis et la chaise frappe les corde. Avec le rebond, Larry se mange le coup de plein fouet et Bruno s’en empare. Là, et de la même manière dont l’avait frappé Zbyszko au mois de janvier, Sammartino lui éclate cette chaise dans l’arrière du crâne. Voyant que Larry ne réponds plus, l’arbitre fait stopper le combat, octroyant la victoire à Sammartino, ce qui devrait calmer les ardeurs de Zbyszko.

MATCH 4 : DOMINIC DENUCCI VS DAVEY O’HANNON (08:02)

VAINQUEUR : DOMINIC DENUCCI

PRISE DE FINITION : DÉCISION DE L’ARBITRE

INDICATEUR : **

Originaire de Venise en Italie et aujourd’hui installé à Pittsburgh en Pennsylvanie, Dominic DeNucci est l’un des catcheurs les plus populaires de la côte Est des États-Unis. Âgée de  presque cinquante ans, DeNucci est un vétéran des ring, qui combat depuis plus de trois décennies. Il se mesurait ce soir à Davey O’Hannon, un jobber d’origine irlandaise dont le tempérament est toujours plutôt colérique.

Une poignée de main indique que les deux hommes se respectent, et cela se ressent dès les premiers instants du combat. Ils cherche en effet à déterminer qui est le meilleur, sans aucune forme d’antagonisme. Les esprits s’échauffent lorsque sont envoyés les premiers coups, de la part de l’irlandais qui éclate ensuite le crâne de Dominic dans le coin. C’est à cet instant précis qu’O’Hannon dénude l’un des coins, exposant la protection métallique. Dominic y est envoyé tête première, mais son piège se retourne contre lui lorsque l’italien l’y projette en catapulte. Ouvert au niveau du front O’Hannon est à la merci de DeNucci et essuie les plâtres. Groggy, O’Hannon n’est plus en mesure de répondre et l’arbitre se voit obligé de faire sonner la cloche afin de mettre un terme au combat. En colère à la suite de cette décision frustrante, O’Hannon veut repartir de plus belle, mais DeNucci calmera ses ardeurs avec un enfourchement, suivi d’un surpassement qui le feront repartir en direction des vestiaires.

MATCH 5 : WWF WORLD TAG TEAM TITLES MATCH : IVAN PUTSKI & TITO SANTANA VS THE SAMOANS (07:36)

VAINQUEURS : THE SAMOANS

PRISE DE FINITION : SAMOAN DROP

INDICATEUR : ** ¼

On termine ce programme avec un match de championnat Tag Team. Couronnés au mois d’octobre 1979 après une victoires contre les Valiant Brothers, Tito Santana et Ivan Putski sont de la partie ce soir et remettent leurs ceintures en jeu contre de féroces challengers. Ces derniers, à la botte du « Capitaine » Lou Albano, sont assoiffés et affamés. Il s’agit de Afa et de Sika, qui combattent sous les nom des Samoans. C’est l’occasion parfaite pour qu’Albano s’accroche un nouveau règne de Champions Tag Team à son palmarès étoffée, alors que les Champions ont tout à perdre.

Ces derniers ne perdent pas une seconde et démarrent en trombe, transformant ce début de combat en une bagarre rangée. Alors qu’Afa est envoyé en dehors du ring par un saut chassé de Santana Sika se mange le Polish Hammer de Putski mais s’en dégage sauvant in-extremis ce match de la catastrophe. Tout roule pour les Champions qui enchaînent les tags et qui mènent la danse. Arrivé avec un pansement sur le front, le polonais est rouvert par quelques coups de boule, qui feront tomber le sparadrap. Un peu sonné Putski passe alors le relais à Santana qui rentre tout feu tout flamme. Tito déroule et enchaîne les sauts chassés avec grâce. Il grimpe désormais sur la troisième corde, mais semble difficilement trouve son équilibre, d’habitude pourtant à l’aise sur ce genre de manœuvres. Finalement, Santana s’élance en Crossbody mais rate sa cible et s’éclate le genou sur le ring. Debout, Afa le hisse sur ses épaules et l’écrase de tout son poids avec un Samoan Drop. L’arbitre compte 1..2.. et 3 ! Contre toute attente, les Samoans remportent les tires de Champions Tag Team. Putski bouillonne de rage et demande des comptes à l’arbitres, mais le verdict est sans appel : Afa et Sika sont nos nouveaux Champions Tag Team, offrant donc à Lou Albano un huitième sacre sous sa tutelle.

Malgré un enregistrement incomplet, et donc des matches en moins, ce programme de la WWF est de belle qualité et contient plusieurs bons, voire très bons matches, et même un changement de titre ! Bruno Sammartino se venge face à Larry Zbyszko, Hulk Hogan tient la distance face à Bob Backlund et les Samoans remportent les titres de Champions Tag Team.

– Changement de titre ! Champions Tag Team depuis le mois d’octobre 1979 Tito Santana et Ivan Putski semblaient invincibles et ont pourtant rapidement déchanté. Au terme d’un combat pourtant contrôlé de bout de bout il n’aura fallu que d’une erreur de Santana pour que les Samoans l’emportent, profitant d’un manque d’assurance de Tito sur la troisième corde. Voici donc l’entame du premier d’une série de règne des terreur, qui prendra fin sur le ring du Shea Stadium, lorsque Bob Backlund et Pedro Morales les vaincront, avant de rendre les titres vacants au bout d’un seul jour de règne.

– Trahi par celui qui fut un temps son protégé, Bruno Sammartino est entré dans une rage folle et ne serait apaisé que lorsque sa vengeance aurait été accomplie. Jouant au chat et à la souris depuis de longues semaine, Sammartino et Larry Zbyszko eurent l’occasion de régler leurs comptes, lors d’un Texas Deathmatch. Et si la colère la frustration et la soif de vengeance se sont bien retranscrits au terme de ce pugilat, on reste un peu sur notre faim quant à ce résultat, décidé par une force extérieure au conflit. À n’en pas douter, l’histoire est encore loin d’être terminée et devrait continuer de faire couler le sang.

– Avec du recul ce match de championnat entre Bob Backlund et Hulk Hogan est, au delà d’être un incroyable combat, et sans doute l’une des meilleurs performances in-ring de la carrière d’Hogan, un petit morceau d’histoire du catch. En rétrospective, c’est un peu une opposition entre la vieille WWF et la nouvelle, qui sera incarnée par le moustachu floridien tout au long des années 1980. Car ce soir, Backlund aura laissé Hogan briller, sans doute pour montrer aux officiels qu’elle est peut-être là en fait la prochaine figure de proue de la compagnie.

Nathan Maingneur

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